L'agriculture a fait faire un bond inimaginable à l'espèce humaine. Mais de premier métier, elle est devenue le dernier, dès qu'on rapproche les revenus du travail et ceux du capital investi. Pour le bonheur des autres humains, elle bénéficie d'une passion, celle des agriculteurs. Ils s'accrochent, au delà du désespoir.

Dès ses débuts, elle a été un risque. Tous ces produits, qui auraient demandé cent fois plus de temps pour la cueillette, c'était tentant. Il a fallu que les communautés humaines se défendent des voleurs faméliques. Les guerriers ont pris de l'importance. Tellement que les paysans sont devenus leurs obligés.

Si l'humanité a fait un bond en nombre, en quantité, les guerres, les razzias, les massacres, aussi.

La même observation peut être construite pour l'élevage. Il est vite tombé dans l'escarcelle des guerriers. Montés sur leurs chevaux, ceux là.

Mon introduction, étayée par les traces laissées par les protagonistes, mais aussi par les organisations sociales qui se sont prolongées et consolidées, et entrées, telles quelles, dans l'ère historique, raccorde le passé lointain et le présent obstiné. L'agriculture et l'élevage, dans leur forme traditionnelle, ne sont pas heureux. Sans les passions de leurs serviteurs, il ne devrait plus en être question.

Impossible, me direz-vous! Cette impossibilité fait partie du problème. Passé, présent, et futur.

Ceux qui ont les reins solides, qui ont de la surface, ou ont la chance de pouvoir choisir une production à forte valeur ajoutée, s'en sortent bien. Mais ceux qui s'occupent du pain, du beurre, et du bifteck, gémissent, à bon droit, et en vain.

Heureusement, les plus aisés d'entre eux disposent de tracteurs, pouvant servir d'armes lourdes et mobiles. Un barrage par ci, par là, et toute l'activité courante est empêchée. Les "gros" fournissent plus de moyens que les petits. La jalousie doit rester au vestiaire.

Le combat, contre la société des consommateurs, ne peut bouleverser la situation. De quelle importance pourrait être un changement, mot magique? Aucune, si on s'en tient aux informations, aux termes des traités de paix. Tôt ou tard, le problème de la raison du plus fort se repose.

Il apparait vite que le passage de la faiblesse à la force n'est pas simple. Les producteurs sont handicapés par....leurs produits. Périssables. Ne pouvant pas attendre la Saint Glinglin. Ce n'est permis qu'à leurs adversaires, qui disposent des mêmes produits, mais transformés et mis à l'abri de la dégradation naturelle.

L'arbitrage juste, impartial, pragmatique, appartient au pouvoir politique. Mais ses solutions ne peuvent être perennes.

Il me semble qu'il appartient aux faibles d'imaginer la meilleure façon d'être plus forts. Par l'union, la cohésion.

Jusqu'à ce jour, les agriculteurs et les éleveurs se préfèrent, en majorité, petits, et pauvres. L'image préférée est le couple de "l'angelus", de Millet.

Ils s'en plaignent, mais ne changent pas de modèle, et exigeraient plutôt qu'il devienne le seul, en bénéficiant, toutefois, d'un prix garanti à leur production, protégée, aussi, par nos frontières. Solution impossible pour les autres productions, industrielles et conservables.

Demander aux forts de devenir faibles, ou à l'État de fermer les frontières aux produits du monde, ne nous vaudrait que la rétorsion du monde.

Dans l'état actuel d'un monde qui ne nous attend plus, cette pensée conservatrice, rétrograde, qui a des défenseurs..non concernés par les conséquences, est mortifère.

Ce que personne ne désire, mais ce que tout le monde subit. Et l'agriculture n'est pas le seul lieu de naissance de cet obcurantisme. Des pans entiers de notre opinion sont frappés, qui bloquent toute évolution, à coups d'arguments...religieux*. Et l'on sait combien ce modèle d'argument a encore du poids dans notre culture.

Sceptique

*J'ai le souvenir d'un débat avec Gilles Éric Séralini, le célèbre pourfendeur des OGM. Il commençait toutes ses phrases par "Je crois", ou "Je ne crois pas". Il en est resté là, mais finalement, il a gagné.