J'ai été surpris et troublé par l'usage de ce mot, pour définir le futur de la Guyane, que le Président Macron vient de visiter. Le mot signifie,"normalement", que ce futur sera donné, conçu ailleurs, et octroyé, prêt à l'emploi.

Que ce mot s'avère le bon est une possibilité, que la situation passée et présente de la Guyane Française se prolonge dans l'avenir par la répétition de son histoire, reste une éventualité, tellement ses handicaps naturels pèsent lourd.

C'est une situation séculaire. La Guyane est un bout de l'Amérique du Sud, dont nous n'avons pas été chassés, au nom du droit de propriété portugais, défini par le traité de Tordesilhas, arbitrage papal partageant la découverte entre les espagnols et les portugais. 

Nous avions essayé de nous installer dans la baie de Guanabara, baptisée Rio de Janeiro par le découvreur portugais. Notre compatriote Villegaignon avait du nez!

Mais les portugais ne se sont pas laissés faire, et de site en site du littoral brésilien, les français ont du déguerpir du sud au nord, pour arriver à la Rivière de Cayenne, premier site de la Guyane française, au delà de la limite nord du Brésil.

Ni les portugais, ni les anglais,pourvus des mêmes intentions, n'ont insisté pour nous chasser de là. Où nos colons, ont, expédition après expédition, été éliminés par les maladies, doublées de la misère.

Ce qui a amené les colons obstinés à se procurer des esclaves africains sur le marché antillais.

Le résultat économique a été médiocre, les ravageurs divers dévorant les récoltes. La Guyane française a vivoté, jusquà nos jours, où elle ne produit toujours pas sa nourriture, et n'exporte pas de denrées tropicales.

Le café (brésilien), l'Ananas, production de subsistance locale, lui ont été "piqués", et prospèrent partout ailleurs.

Le bagne, destiné à peupler la Guyane, a été le dernier désastre conçu par les politiques, désespérés.

Par contre, le Centre Spatial, utilisant la fronde naturelle qui apporte un plus aux lanceurs de satellites, a fait sortir la Guyane Française de l'ignorance universelle, y injecte de l'argent, et diversifie la population, au présent. La population locale n'y participe que marginalement. Mais ses contestataires ont réalisé sa valeur d'otage.

On en est là, cinq siècles après le débarquement des premiers français, confrontés à la mise en échec par la nature, des efforts humains.

De quoi est faite cette nature?

Le climat n'est pas insuppportable, mais assez chaud et humide pour faire grouiller la vie végétale, animale, et microbienne. Que les insectes piqueurs se chargent de transmettre de victime en victime. La fièvre jaune, le paludisme ont régné en maitres pendant des siècles. Les progrès des insecticides ont permis une éradication temporaire. Mais les maladies sont revenues, des réservoirs voisins. Les vaccins rendent service, la prophylaxie, aussi. Mais la luttte ne peut s'interrompre.

La pluviosité se divise en une saison humide, la plus longue, et une saison sèche. Les réserves d'eau, en surface, car la géologie ne permet pas les nappes phréatiques, entretiennent l'humidité de l'air, et la vie des insectes vecteurs. 

Le sol, ne comportant pas de calcaire, est acide, s'épuise vite. Les cultures vivrières ont besoin d'une rotation, tous les deux ans. Elles sont limitées au manioc, à des tubercules, comme la patate douce, à une herbacée trompeuse, le bananier. L'élevage domestique est affecté par les prédateurs divers. Les productions vivrières, décourageantes par leurs pertes inévitables,  ne suffisent pas aux besoins de la Guyane*. L'essentiel de sa nourriture est importé. 

La mer est troublée par les alluvions amazoniens, ce qui interdit d'espérer un tourisme amateur de plages de sable et de mer bleue. Les rivières ,sont modérément poissoneuses, et la conservation des prises ne dispose pas de beaucoup de temps.

La forêt, et les rivières qui en sont les seules voies de pénétration, sont d'un intérêt certain, grâce aux oiseaux colorés et aux animaux divers qu'on peut observer. Mais il faut être pris en charge par des experts d'une navigation dangereuse et complexe. Il faut connaitre les rivières mètre par mètre, car les roches imergées sont nombreuses, les rapides, également. Il ne peut pas y avoir de randonnées libres, en Guyane. Je ne vois aucune raison d'un changement depuis mon séjour. Le peuplement humain reste limité à la bande cotière, et à quelques points, sur le cours des principaux fleuves. Les photos aériennes, publiées de temps en temps, montrent que la couverture forestière est intacte.

Que dire de plus? Qu'on ne peut pas compter sur une amélioration par l'homme de cet état de choses. Il faut trouver des "artefacts" indépendants des conditions physiques, comme l'est le Centre Spatial. Et former les jeunes guyanais, s'ils y consentent, à leur fonctionnement. Il ne peut s'agir que de projets publics. Les conditions sociales interdisent des activités privées ouvertes à la concurrence. Les études devront être guidées vers la satisfaction de ces activités. Je ne peux être plus précis. Une forte valeur ajoutée est la principale nécessité. Il appartiendra aux jeunes guyanais de s'investir, de cibler leurs études, d'en prendre possession.

La Guyane "brute" ne pourra jamais donner plus que ce qu'elle a fait jusqu'à ce jour. Le préalable est que l'homme surmonte le handicap naturel.

Sceptique

*Un retour sur ce texte m'amène à une rectification: tout ou partie des besoins en produits frais serait assuré par la communauté Muong, des montagnards exfiltrés du Vietnam, où ils avaient aidé notre corps expéditionnaire (cf La 317ème Section, de Schoendorfer). Ils ont été installés sur le haut Approuague (un des fleuves de la Guyane, au sud de Cayenne) où ils ont créé des cultures vivrières. La création d'un réseau routier reliant toutes les communes installées sur les fleuves, du Nord, au Sud, permet l'écoulement de ces productions, qui prennent la place d'importations aberrantes. Mais la valeur ajoutée de cette activité primaire est forcément faible.