Autrefois, "on" parlait de millénarisme, car l'humanité, qui avait appris à compter, avait le vertige quand elle essayait de se représenter cette quantité de temps. Qu'elle pensait bien avoir parcouru plus d'une fois, entre le récit biblique et ce qu'elle commençait à connaitre de son histoire.

L'irruption du christianisme, porteur d'un nouveau contrat, signé par le nouveau Dieu, et la religion qu'il avait créée, signifiait une nouvelle chance donnée à l'humanité de sortir de sa turpitude, et de mériter d'être sauvée, à partir de ce nouveau départ , jusqu'au jugement dernier. 

"Elle" avait beaucoup à faire pour mériter le pardon général, et ça ne commençait pas trop bien.

À l'approche de l'an mil* elle évaluait qu'elle n'avait pas mérité grand chose, et que le jugement dernier ne tarderait pas à conclure le nouveau ratage. Le pauvre Christ avait fait ce qu'il pouvait, avait subi le supplice et donné sa vie pour sauver son peuple, composé par tous ceux qui s'étaient engagés à croire en lui. 

Plus le délai approchait, plus les peuples tremblaient et priaient. Mais l'an mil commença, dura, un an, et il ne se passa rien. Pas davantage mille* ans plus tard, et encore dix-sept ans de plus. Le peuple du Christ et son Église commencent à douter.

Ce qui laisse de la place pour de nouveaux prophètes, qui se retournent vers les hommes pour mettre à leur charge les malheurs du monde. "Ils" ont tellement exploité la planète, que telle une maison infestée par les termites, elle va s'effondrer sous ses habitants, et les engloutir, d'abord noyés dans ses océans, puis carbonisés par son noyau brûlant.

Les nouveaux prophètes lisent les signes avant-coureurs du cataclysme dans les divers phénomènes auparavant "naturels", mais devenus "apocalyptiques". Capables, par exemple ,de nettoyer la surface d'une île paradisiaque, à titre d'exemple. Les continents suivront, les plus modestes d'abord, les plus massifs pour finir. Petit appendice d'un vraiment très gros, l'Europe sera parmi les premiers nettoyés. L'avertissement passe par ses possessions lointaines, où ses peuples passent leurs vacances, mais pas au grand complet.

Les collapsologues font l'inventaire minutieux de la dégradation de ce qui faisait l'orgueil des hommes, et le projettent dans l'avenir. "ON" est cuits, ont-ils calculé.

Que faire? Nous sommes invités à faire machine arrière toute, à jeter à la mer tout ce qui coulera immédiatement. Mettre, pour le moment, en réserve, tout ce qui flotterait, et retarderait la fin de l'opération.

Il va sans dire que chaque continent doit s'employer au plus vite à accomplir le grand nettoyage des surfaces encombrées par nos artefacts fixes ou mobiles.

Il y aura un état des lieux, et nous en seront collectivement comptables. Comme il y a toujours des gens qui profitent de la situation, des publicités décrivent des mondes paraissant habitables dans la Galaxie, à quelques dizaines d'années lumière de notre terre, et prennent des réservations pour les voyages inter stellaires en préparation. Les billets seront très chers.

C'est une vraie escroquerie. Ces systèmes planétaires , vers lesquels il n'y a pas encore de liaisons raisonnables, pour leur durée et pour leur coût, n'ont pas la qualité du nôtre, loin de là.

Après nous, le déluge! Je conseille la jouissance, puis la patience, et enfin, la résignation.

Sceptique