On sent le malaise du quotidien du soir, sur cette question de santé publique. Le journal est déchiré entre sa préférence pour la "science verte", adoubée par les écologistes, et la "barbare", à laquelle une partie de son lectorat tient encore.

La "science verte" caresse les humains dans le sens du poil, et va au devant de leurs peurs irrationnelles, qui se sont reportées sur les vaccins, qui font pleurer, et délaissent les maladies qui, parfois, font mourir.

Les observations dans les hôpitaux, les statistiques de mortalité, constatent le retour discret, mais toujours grave, des maladies oubliées. Le destin de ces alertes est la poubelle pour beaucoup trop, et l'information de nos responsables ne les a pas encore assez émus. Sauf, précisément, la ministre chargée de la Santé, dans le Gouvernement d'Édouard Philippe.

Elle a redonné le statut d'obligation à huit vaccins abandonnés depuis des années. Il n'en restait plus que trois, plus vraiment imposés à tous les nouveaux venus dans notre monde. Ils sont encore protégés par le rempart des vaccinés bien adultes, souvent grisonnants.

Mais les meilleures choses ont une fin, programmée par la nature brute, et le risque pris par notre société candide donne le vertige aux responsables de la santé. 

Il y a un siècle, notre société, encore convaincue par les progrès permis par l'hygiène et les vaccinations, n'aurait pas protesté à l'annonce d'un nouveau vaccin contre une maladie redoutable. Le vaccin contre la poliomyélite était attendu et fut bien accueilli . Faute d'alertes, du fait même de son succès, il fait déjà partie des boudés.

La société d'aujourd'hui a opté pour l'insouciance et le déni de l'intérêt des vaccinations. Préférant écouter des charlatans, diplômés, mais ayant choisi le charlatanisme, porté par une mode, et, au moins aussi rémunérateur que la banale science.

Ils bénéficient d'un "transfert"*, plus fort et plus sûr que celui, tiède, qui investit les médecins "normaux".

Quand les politiques "raisonnables", dûment informés, et mieux défendus contre les fausses sciences, veulent raisonner leurs ouailles, ils déclenchent des contre-offensives négationnistes, trouvant l'appui de ces diplômés de la faculté, convertis à une nouvelle religion, celle de la "bonne nature". 

Une science "démocratisée", c'est à dire "mise aux voix" comme n'importe quel choix politique, a ses défenseurs, pas assez nombreux pour influer sur les choix réels, mais assez habiles pour accrocher des journalistes, avides de "scoops", mais pas en mesure de les vérifier.

Tous les politiques ne se méfient pas de ces imposteurs, et leur prise au sérieux est un risque. Par sa formation, la profession politique est mal armée contre cette menace. Elle ne peut pas, d'elle même, la réfuter, et se trouve "prise entre deux feux" au sens guerrier du terme.

Quand les responsables politiques sont conscients de leur point faible, la société qu'ils ont en charge s'en trouve mieux. Mais la garantie reste faible.

Sceptique

*Le transfert est un concept psychanalytique, décrivant la relation affective qui s'établit entre le patient et le praticien. Il est extensible à toutes les relations de confiance, quelles qu'elles soient.