Le poids du chômage, chaque année plus lourd, a fini par déclencher des émeutes, dont l'infanterie est faite des jeunes tunisiens désespérés. 

Les commentateurs évoquent immédiatement celles qui ont mis fin au règne de Ben Ali, Président, et PDG d'une mafia avisée dans ses placements et leur gestion.

J'ai séjourné en Tunisie, quelques mois avant la fin de cette dictature, et j'ai entendu les propos amers sur l'accaparement des richesses et les inégalités. 

Et pourtant, la destitution et l'exil de Ben Ali, la récupération d'une partie de son trésor, n'ont pas changé d'un iota la situation économique des "classes laborieuses", dont la jeunesse forme les gros bataillons.

Pourquoi?

Le tourisme, populaire, accessible, qu'offrait, et offre toujours, la Tunisie, aux classes moyennes de la France et d'autres pays européens, avait contribué à la fortune des Ben Ali. Il était intact, les hôtels de toutes classes, les plages, les sites à visiter, les marchands de souvenirs et de tapis, étaient prêts à accueillir toute l'Europe, si elle le voulait bien.

Si elle n'est pas venue, ou à dose insuffisante, ce n'est pas de la faute des vainqueurs de Ben Ali, mais des islamistes qui se sont mis en tête de tuer les envahisseurs impies. Il n'ont pas raté leur coup. Leurs meurtres ont arrêté net la noria touristique qui faisait vivre un bon nombre de tunisiens, directement, ou indirectement.

Le gouvernement tunisien a réagi, vigoureusement, il a été soutenu par les gouvernements occidentaux, mais le mal fait par ces tueries brutales, impitoyables, oeuvres de fanatiques, a du mal à être oublié.

On sait combien le tourisme, permis par l'élévation du niveau de vie d'un certain nombre de sociétés du monde, est fragile. Ses clients font le voyage, non pour travailler, par nécessité, mais pour jouir, des plages, des baignades, du farniente au soleil, des excursions à la rencontre du pittoresque, ou du passé prestigieux. La perspective d'y trouver la mort, par les actes volontaires des terroristes, n'est pas supportable. Ceux qui attendaient leur tour, renoncent. Le renoncement dure tant que la menace persiste, mais aussi le temps qu'il faut pour oublier.

Que peuvent faire les pays qui se sentent solidaires des victimes du terrorisme? Pas grand chose, autant dire rien. L'argent perdu était "privé", l'argent public ne peut le remplacer, les contribuables ne le tolèreraient pas.

Seule une aide concrète à la lutte contre le terrorisme, la formation de forces sur le modèle qui nous a réussi....mais pas à 100%, vaudrait le coup. Nous-mêmes écopons nos terroristes à la petite cuiller, tous les jours, toutes les heures. Le moindre relâchement rouvrirait les champs de tir dont rêvent nos ennemis.

Sceptique