La crise qui touche les établissements pour personnes âgées dépendantes, débordées par la demande, et asphyxiées par la pénurie de personnel volontaire et compétent, apparait sans issue, en raison de l'impréparation de notre société à ce problème "à deux entrées". L'une, massive, de la demande d'une classe d'âge dont l'espérance de vie s'est considérablement allongée, l'autre, rétrécie, au contraire, à la mesure de l'intérêt des soignants professionnels pour cet aspect du métier, d'une part, celle des moyens de financement, non prévus, à la fois, en quantité, et en durée, d'autre part.

Déjà, l'inflation des retraites de très longue durée, correspondant au "conflit" entre âge de départ, "le plus tôt possible", et durée de la charge moyenne, plus longue de dix ans ou plus,grâce aux progrès médicaux, a mis en danger le système par répartition, obstinément incompris par la majorité des français, conditionnés par l'idée de rente. 

Si la droite raisonnable a plaidé et agi pour rééquilibrer les deux parties de la vie, l'active, et celle de la retraite, la gauche, cravachée par ses extrémistes, a fait de l'aveuglement face au problème, une posture. Il fallait aller dans le mur un bandeau sur les yeux, et s'en remettre à la providence, que je soupçonne révolutionnaire. Permettant l'élimination d'une certaine proportion de parties prenantes.

Il ne s'est, heureusement, rien passé de tel. Notre société a gardé sa raison. Elle a, aujourd'hui, un pouvoir plus assuré qu'hier.

Mais il reste que le problème d'une vie allongée jusqu'à l'entrée dans la dépendance, n'a pas été prévu, et saute, maintenant, à la figure de nos responsables politiques. Certains acceptent la Vérité. "On" va dans le mur! Tandis que d'autres sont dans le déni, la démagogie, la chasse au trésor qui réglerait le problème. La "passion de l'ignorance" est au plus haut dans certains discours.

 

J'ai connu la fin, avec mes grands-parents, de la situation d'avant la seconde guerre mondiale. La prise en charge, intégrale, sans partage, plus souvent par une fille que par un fils et son épouse, des parents vieillissants, sans ressources propres. Les retaites sous forme de rente ne concernaient que les classes aisées, à condition qu'elles n'aient perdu, en raison de la guerre, la base de la dite rente.

Mes parents ont pu conserver leur autonomie, mais à la limite de la pauvreté, la mieux cachée possible. Ils avaient fait à temps l'investissement encore possible, sans crédit, du logement pour les vieux jours. 

Un certain nombre de couples âgés d'aujourd'hui, n'y sont pas parvenus, et sont toujours en location, là où les loyers sont compatibles avec le montant de leur retraite complète. Le veuvage ne permet pas toujours qu'il se prolonge, malgré les progrès de la politique sociale. La fracture du couple par la mort de l'un de ses membres met à jour sa fragilité financière. Elle rejoint celle des jeunes générations, confrontées à une économie languissante, jusqu'il y a peu, sans vraies promesses.

Dans ce contexte, l'allongement conséquent de la cdurée de l'espérance de vie, est un vrai problème, non préparé, non pris "à bras le corps". Cela ferait tant de mécontents!

Il faut que l'État, la Puissance Publique, se débrouille, sans changer les traditions, comme celle de la transmission du patrimoine. Gager sur sa valeur la dette contractée auprès de la société, du fait du dépassement de ce qui est garanti par le système des retraites, ne passe pas. L'impôt, payé par les "riches", est toujours le remède miracle d'une majorité des politiques.

À condition que leur produit soit garanti, les cotisations aux régimes par répartition, à "points", constituent la meilleure épargne, pour...soi-même. Il est vrai que la plus grande part de l'épargne, comme l'assurance-vie, est destinée à ses enfants, et non à l'éventualité d'un "coup dur". Quand celui-ci se présente, sous la forme d'une dépendance, les enfants pourront être mis à contribution, au prorata de leurs revenus.

Donc, la prévention de sa dépendance est, aussi, une manière de les soulager, à l'avance, de cette éventualité.

Quand j'ai pris ma retraite, à l'âge de soixante cinq ans, j'ai appris, à cette occasion, et par hasard, l'existence d'une assurance "dépendance", proposée par la Caisse des Dépôts et Consignations. Je n'en avais jamais entendu parler. À lâge que j'avais atteint, un supplément de rente coûtait déjà cher. J'ai du limiter ma souscription à un niveau trop modeste. J'aurais préféré être informé bien avant, en période d'activité. Pour la même dépense, j'aurais acquis une garantie significative, et plus sûre, hors inflation, qu'une épargne ordinaire.

La prise en compte du risque dépendance ne peut pas se limiter à une initiative individuelle. Certes, la société française est plus solidaire que bien d'autres. Mais ses moyens sont limités, et leur utilisation est sous la responsabilité de la politique. Un contrat entre un particulier prévoyant, et une institution de l'État, ou garantie par l'État, est préférable à une prestation inventée pour la circonstance.

La vieillesse et la dépendance comme "objets" de la politique, ont besoin du long terme, plus que de démagogie. Ce n'est que de la prévision, part essentielle de la gouvernance. Nous sommes dans une phase plus audacieuse, pour quelques années, et j'espère qu'elle préparera mieux qu'aujourd'hui, la dépendance de générations, encore loin de s'en soucier.

 

Sceptique