Le dénouement du meurtre de la jogueuse de Gray en a surpris plus d'un, y compris moi-même. J'avais noté la réflexion de l'avocat de la famille, estimant que l'assassin connaissait les lieux. Le transfert du corps vers un coin retiré de la forêt ne pouvait être le fait que d'un familier .

Les enquêteurs ont pris leur temps. De rassembler tous les indices, les éléments matériels, les réactions des proches. Professionnels, ils n'ont exclu personne, ils se sont penchés sur la relation du couple, ont recueilli les témoignages de voisins. Ils ont abouti à une suspicion suffisamment étayée pour arrêter le mari, et obtenir ses aveux. Un dénouement des plus banals. 

Qui nous rappelle notre nature, que la civilisation a enrobée, policée. Si la description du couple par les langues déliées aboutit à un déséquilibre des caractères à l'avantage de l'épouse, l'époux n'a pas perdu la force musculaire qui lui a permis de l'étrangler. Les épouses lasses, ou vengeresses, sont plus circonspectes dans leur choix des moyens. La force de leur caractère ne leur suffit pas, elles savent qu'une lutte à mains nues ne sera pas victorieuse. Il leur faudra le concours d'un "artefact"* quelconque.

Ce meurtre tombe mal, en plein procès de l'homme, abusif de sa force, en appui de son désir. Ce n'était pas le cas de celui qui nous occupe, selon l'enquête. Mais sa force en était indépendante.

La leçon qu'il faut retirer de ce cas, c'est le renoncement à la toute puissance de la pensée. Elle n'a que celle qu'on lui prête à un instant donné, avec l'accord des parties. L'instant que nous traversons tend à l'hypertrophier, parce que c'est une idée qui plait, mais la déconvenue est assurée. L'homme ne changera pas. Toutes les utopies reposant sur l'hypothèse d'un homme nouveau ont échoué, avec ou sans la rage du désespoir

Sceptique

*artefact: objet fabriqué par l'homme, ou choisi pour un usage fortuit. 

Note du 3 Février 2018: un reportage diffusé par une chaine de télévision rapporte le succès(durable? temporaire?) de la formation de femmes aux pratiques de l'auto-défense. C'est LA solution, préventive, et rééquilibrant, partiellement, le handicap féminin. Il manque, il manquera toujours, la testostérone, qui imprègne le mâle. Pour le bien de l'espèce, sinon de la société.