Le projet du Président Macron, un service civique universel, répond à un constat, non discutable: notre société est divisée, clivée, et par conséquent, intolérante, haineuse. Et cet état négatif concerne la jeunesse, qui fait écho à nos haines d'adultes, mais rajoute les siennes.

Une des principales missions du Président de la République, élu au terme d'une empoignade féroce, reflet d'une situation qu'on peut dire séculaire, est de tenter de refroidir les haines, de rapprocher les parties, leurs fragments, d'inverser leur énergie, de la destruction à la reconstruction. Il faut qu'il soit obstiné et persuasif, car ne n'est absolument pas l'état d'esprit des intéressés. La conclusion de la campagne présidentielle ne met pas fin aux clivages révélés ou approfondis. 

Il y a des présidents qui s'en sont accomodés, qui ont élargi et creusé les brèches, ne cachant pas qu'ils voulaient oeuvrer pour leur chapelle. François Hollande était sans doute allé trop loin dans sa pratique de la division, et l'élection d'Emmanuel Macron a été une réponse à son mentor et prédécesseur.

Il semblait, et semble toujours, conscient de la nécessité de ressouder la société française. Il y a du boulot, il ne peut pas tout faire, et des choix difficiles seront nécessaires.

Le "fantasme" de l'effet "mixeur", et "rassembleur" du service militaire, ne s'est pas affaibli avec le temps passé sans lui, depuis sa suppression, comme déjà mort, par le Président Chirac. Je n'ai jamais ressenti cet effet, avant, pendant, et après, l'accomplissement de mes obligations militaires. Je m'y suis convaincu que c'était comme sujet que je les ai parcourues, puis, les ai oubliées, ne cultivant pas l'esprit "ancien combattant".

La passion d'Emmanuel Macron pour un service civique universel et obligatoire, m'a surpris dès le début de son entrée en lice. Je n'attribue pas à cette parenthèse dans la vie d'un jeune adulte les vertus colportées. "On" le fait par ce qu'on ne rejette pas facilement un service civique, civil ou militaire. Le sentiment d'appartenance à une société se constitue sur la durée de notre intégration. Il se passe du service militaire s'il n'existe pas, ou plus, il l'intègre dans le parcours programmé s'il est maintenu, ou rétabli.

Se distinguer par un refus, une révolte, dépend de la réaction à attendre de "la société". On sait qu'elle est devenue faible, n'ayant pas de bonnes raisons à opposer aux rebelles. Pas assez nombreux pour la déstabiliser.

Ce voeu du Président prendra-t-il forme? Son prestige, le poids de sa parole sont engagés. Mais son renoncement raisonnable et raisonné, à partir des incertitudes sur l'efficacité, ou, au contraire, en raison du prix de revient, et son financement, ne devraient pas l'affaiblir massivement.

La plupart des nations libres, démocratiques, n'utilisent plus un service civique ou militaire pour resserrer la cohésion de leur société. Elle est présumée adulte, éclairée, digne de confiance, sans contrainte ou formation spécifique.

Notre tradition d'intervenir, soit au secours des états constitués par nos ex-colonies, soit pour arrêter les horreurs d'une guerre civile, est un trait spécifique de notre France. "ON" approuve, ou "on" n'approuve pas, en fonction de nos sensibilités humaines ou politiques.

Nous sommes maintenant les seuls à pratiquer un interventionnisme. Les français ne le condamnent pas massivement. Il appartient à la "noblesse"de nos sentiments.

Sceptique (pas sur ce point, en fait.)