Le Salon de l'agriculture est la rencontre "oecuménique" entre le monde agricole (français) et celui qui ne l'est pas. Politiques, en premier lieu, et badauds, le reste du temps.

Les politiques sont les plus attendus et les plus surveillés. Ce qu'ils disent, ou ne disent pas, leur est compté. À charge, bien sûr.

L'agriculture et l'élevage sont les premiers métiers de l'homme moderne, et les derniers sur l'échelle des revenus, tant horaires qu'en pourcentage du capital investi.

Une exception est constituée par la viticulture, qui, à condition d'être de qualité, nourrit ses pratiquants.Et ses produits prennent de la valeur avec le temps.

Il reste quand même des amateurs pour les cultures alimentaires, et l'élevage (une vocation, selon les intéressés eux-mêmes).

Mais, toujours, sauf pour la viticulture, les produits sont périssables et doivent être vendus et consommés rapidement. Ce sont les acheteurs qui tiennent la dragée haute. Quelques heures de patience sur les marchés, et les prix se modèrent. Le revenu des producteurs, en même temps. Dès qu'il y a surproduction, c'est l'effondrement, au dessous du prix de revient, et la vente, forcée, à perte.

On peut comprendre que ce rapport de forces défavorable aux producteurs, est source de révolte, de violence, et de désespoir, parfois. L'État, arbitre de tout dans les sociétés modernes, refroidit le foyer par un arrosage d'argent public.

Cependant, s'il n'y pas d'années parfaites (ça n'existe pas pour ce secteur d'activité!), il y en a qui ne sont pas trop mauvaises. Elles ont, cependant, un effet stimulant sur les cultures qui ont été les plus rentables. Mais les années se suivent et ne se ressemblent pas*. Une très bonne récolte doit être accueillie avec scepticisme!

Pour conclure, ces activités de base de l'homme ne sont pas les mieux récompensées, surtout, au premier niveau, celui des producteurs, mais elles sont insensibles ou ingrates, quels que soient les yakas imaginés pour échapper aux aléas. Méfait, théorique, des moyens modernes, les marchés sont suivis sur internet par les producteurs, qui vendent leur production directement, avec le client qui leur accorde un prix correct. À quoi bon s'unir, pour opposer une résistance aux marchés? De temps en temps, en cas d'abondance et de chute des prix, une union défensive serait utile. Faute d'habitude, de conscience de la force que crée une solidarité, tout le monde est "baisé". Personne ne s'en vante.

Je ne crois pas que cette situation puisse s'améliorer durablement.  Un encadrement, imaginé par le pouvoir politique, irait à l'échec. L'essentiel, pour une société, est d'intervenir à l'approche d'un désespoir réel.

Sceptique

*En 1956, un hiver terrible s'abattit sur la France (entre autres), détruisant toutes les plantations vivrières. La Mitidja, en Algérie, encore française à l'époque fit fortune avec ses productions de légumes. Elles furent renouvelées, et augmentées en quantité, l'année suivante, mais elles restèrent sur les bras des optimistes.