Un bug informatique m'a éloigné quelques jours de mon blog, m'a contraint à la page blanche. Les déclarations du Président Macron sur la situation des prisons, et les solutions qu'il veut leur apporter, ont provoqué de fortes réactions, dans le monde judiciaire, et dans le politique.

Qu'a-t-il dit, finalement?

D'abord, que le rattrapage de notre situation en nombre de places de prison, et de personnels pour les gérer, ne pouvaient être rapides. Les chiffres annoncés par les Présidents et les gouvernements qui se succèdent, ne sont jamais réalisés, car non réalisables. Nous ne sommes donc pas prêts de combler ce déficit, comme pour celui de la sécu.

Cependant, la demande de la population et des forces de police, exposées à la délinquance, à son impunité partielle, place les responsables politiques devant leur devoir, protéger et punir. Un État ne peut s'abstenir de faire respecter la bonne marche de la société, de protéger les citoyens qui lui délèguent ces fonctions, qui lui en assurent, le mieux qu'ils peuvent, les moyens.

Les sociétés modernes s'efforcent de satisfaire la demande d'ordre et de sécurité, tout en préservant en partie la dignité des citoyens tombés dans la délinquance, possiblement addictifs de ces comportements. Politiquement, le laxisme paye nettement moins que la fermeté. 

Mais cette dernière rencontre des limites, à commencer par celles des moyens. On peut dire que notre société, celle qui nous environne, devrait faire plus et mieux.

La révolte des personnels pénitentiaires, déclenchée par des agressions potentiellement mortelles, de prisonniers motivés par leur fanatisme religieux, a mis le pouvoir politique au pied du mur. Il lui a fallu faire des promesses, annoncer des mesures. Les mêmes, toujours, plus de places, plus de gardiens, plus de sévérité des jugements.

On ne peut s'arrêter à la contradiction exprimée par le peuple, qui veut de la sévérité, sans faiblesses, mais pour pas cher, comme ce que valent les délinquants. 

Le Président a pris quelques semaines avant d'exposer sa solution, qui s'est écartée de l'ébauche "classique", répétée lors de chaque quinquennat, Plus de prisons, plus de personnels.

Il est parti d'une autre base, d'une autre question: la prison est elle la solution adéquate à toutes les formes de délinquance? La durée de l'incarcération est elle un facteur d'efficacité?

La réflexion des professionnels de la justice, l'observation de ce qui se pratique dans d'autres pays, a abouti à l'inefficacité des peines courtes. La définition d'une durée minimum, et les peines de substitution, ont constitué la base des conclusions du Président. Plus de condamnations courtes*à la prison, remplacées par un bracelet électronique et des travaux d'intérêt national. L'inconvénient immédiat est le manque de personnels à la probation, chargées d'évaluer l'efficacité de ces peines sur leurs "bénéficiaires".

Leur utilisation la plus large possible réglerait instantanément la surpopulation carcérale, observée aujourd'hui. Mais dans un premier temps, elle déplacerait le problème, du personnel pénitentiaire aux fonctionnaires de police, qui enragent de revoir sur leur lieu d'activité, commun, les gaillards qu'ils ont arrêtés quelques jours auparavant.

Il me semble que la décision présidentielle, très pragmatique, a pour point faible l'absence de la mention du sursis. Prévoyant la mutation de la peine de substitution en peine de prison ferme d'une durée conséquente, en cas de récidive quasi immédiate, dans les suites de la peine de substitution. 

Une forte proportion de la délinquance, petite et moyenne, d'aujourd'hui, est liée à une carence éducative. Ses "victimes" ne connaissent pas d'autre forme d'existence, n'ont aucune compétence de substitution**. 

Je suis depuis longtemps convaincu, qu'entre le manque réel de finances et l'hostilité des français "normaux" à une prison dans leur voisinage, l'espoir de disposer d'un nombre suffisant de places est définitivement vain. Par ailleurs, le métier de gardien de prison n'est pas attractif, et leurs effectifs sont partout déficitaires.

Notre société n'est donc pas proche d'une solution satisfaisante de cette question, faute de cohérence de l'opinion. Partagée à peu près sur tout.

Sceptique

*Je n'ai plus en mémoire la limite inférieure, annoncée par le Président.

**Le métier de serrurier conviendrait à certains.