Une bonne société française se doit de se chercher querelle, de veiller sur sa réputation. Pourquoi? Parce que sans disputes, la vie serait d'un ennui mortel.

La politique possède une bonne part de cette fonction, mais elle lasse vite, et, au quotidien, elle est invisible, ou hors de portée, comme on voudra.

Toujours à cause de cette invisibilité, les hommes d'ailleurs ne peuvent en avoir idée. Ce que leur montre de nous la télévision est très tentant.

Bien sûr, pas autant que l'Angleterre, qui par son libéralisme à l'intérieur de ses frontières, est carrément fascinante. Mais l'examen d'une carte montre aux candidats au voyage que le trajet le plus court entre l'Europe et l'Angleterre part de Calais (France). D'où l'intérêt de la France pour les migrants.

Au bout de N tentatives de passer tous les obstacles dressés sur le passage, court, mais étroit, vers l'Eldorado britannique, un bon nombre de migrants se résigne à poser son bagage dans notre pays, où ce sera possible.

Mais ce n'est pas si simple. Notre État a pour mission, dictée par la majorité des électeurs, de mettre la barre très haut, pour sauter du droit de passer à celui de s'installer. Rien n'est prêt, de plus, pour cet accueil définitif. Ni logement, ni boulot. La France n'est pas densément peuplée, mais ne pète pas de santé économique. Car l'économie, "on" n'aime pas. Ses acteurs surtout. Des grigous qui font suer la salopette. Moins on en a, mieux Pôle Emploi se porte!

Le résultat tangible, palpable, notre société ne sait que faire de ces milliers d'hommes arrivant du reste du monde pour se rapprocher du Paradis. Que nous appelons Enfer. Il est probable qu'ils s'en sont vite aperçus, mais le voyage a été si éprouvant, laissant tant de cadavres derrière lui, que rentrer bredouille au village est impensable. La vraie Europe n'est pas un Paradis, mais pas un Enfer non plus. Va pour un Purgatoire. J'y suis, j'y reste. Que le pays où je me suis arrêté se débrouille de moi.

C'est à partir de là que notre société se déchire, une partie injuriant l'autre, une partie allant à la rencontre des migrants en approche, une autre allant poser des barbelés là où ils ont trouvé un passage. 

Et l'État arbitre, qui réclame d'en faire son affaire, se fait doublement insulter. Par les Pro, qui les veulent tous, et les Anti, qui n'en voudraient aucun. Pas de nuances, de modération, de part et d'autre. Est-ce par amour vrai des migrants, ou par opportunité de haïr une catégorie de compatriotes? L'ambivalence est certaine, de la part de chaque camp, en fait, politique. L'opposition des points de vue justifie la haine, la déculpabilise.

Sceptique