Une des qualités que j'ai évaluées chez Emmanuel Macron, quand il est entré en scène, est son aptitude à choisir les hommes, et les femmes, qui tiendraient leur promesse dans l'exercice de leur mission, parfois très précise.

Cédric Villani était connu des français par sa médaille Fields, et son allure de poète du dix-neuvième siècle. Sa timidité, sa réserve, jusque dans sa voix, on ne peut moins tonitruante.

Mais, forcément, sa présence visible dans le mouvement En Marche avait un sens. Le candidat à la Présidence, et le mathématicien avaient, sur un point précis, un projet partagé, une aptitude et une volonté disponibles.

Hier, en fin d'après-midi, le journaliste de LCI, Jacobuzyn s'est entretenu longuement avec le mathématicien, député de En Marche, et chargé de missions diverses, allant de l'enseignement des maths à l'intelligence artificielle.

Le député, avec sa voix de timide, mais cependant assurée, a expliqué que son engagement en politique n'avait rien de passif, était bien le sien, tant il il avait conscience de sa nécessité dans la situation française qu'allait léguer François Hollande au terme de son quinquennat. Emmanuel Macron le rebelle avait cristallisé, par son annonce, les espérances de tous les français accablés par "l'apolitique" du Président en fonctions.

Bien sûr, ce furent surtout les sympathisants d'une gauche idéaliste et intellectuellement honnête  qui formèrent les premiers bataillons d'En Marche. Ceux de droite  accompagnaient François Fillon, dont le programme, dur, semblait indispensable aux français lucides et soucieux de l'intérêt général.

La suite est connue, les attaques contre le candidat Fillon, l'ont affaibli, ont fracturé le mouvement politique qui s'était uni sur sa candidature, et c'est tout naturellement, mais fortuitement, que l'horizon s'est dégagé pour Emmanuel Macron, fort bien élu pour un premier essai.

Cédric Villani a décrit la mission qui lui a été confiée en considération de ses compétences. Son ambition cible son oeuvre à venir, et non sa personne. Qu'il évalue à sa valeur, mais sans orgueil. Il est comme ça, un matheux surdoué, un premier de la classe. Ça l'oblige, c'est tout.

Il était prévu que Luc Ferry, que j'apprécie beaucoup, intervienne à l'approche de la fin de cet entretien. Il est arrivé manifestement assez excité par la rencontre, mais il a sorti son révolver à bêtises et à tiré sur les maths, qui-ne-servent-à-rien dans la vie. Amusé, Cédric Villani a entrepris de lui démontrer le contraire, et n'a pas eu beaucoup de mal à reprendre le dessus. Comme témoin inaudible, je partageais complètement l'avis de Villani. Le raisonnement mathématique est un des plus utiles, mais invisible, car indicible, dans la vie courante. Même nuls (pour les profs de maths), nous faisons des maths, élémentaires, sans le savoir, sans pouvoir l'expliquer! 

Sceptique