On pourrait croire le débat dépassé, mais, dans notre pays, la question de la retraite est toujours intoxiquée par la passion de l'ignorance. La majorité des français pense encore qu'à l'âge de la retraite, l'argent qui lui est versé, toujours chichement, est celui qu'elle a versé sous forme de cotisations, pendant sa vie active.

Ce fut le cas pendant des décennies, mais l'inflation permanente ne pouvait qu'aboutir à la perte du pouvoir d'achat de la rente produite par le capital cumulé, bien gardé par une caisse "ad hoc".

Pour certaines professions, comme les commerçants, la valeur patrimoniale de l'enseigne, de ses murs, était négociable, et le capital récupéré, correctement placé produisait une rente prévue comme stable.

Les guerres mondiales et leurs conséquences inflationnistes ont mis à bas, au sens propre, et au figuré, ces épargnes constituées d'immeubles et de comptes, assurant une rente stable, mais fixe, immuable. La solidarité familiale a compensé, au minimum, les effets des pertes subies par la monnaie.

Le mécanisme de l'assurance a été le modèle, adapté à son objet, un risque certain.

La retraite par répartition effectue un transfert immédiat et presque total des cotisations versées par les actifs, sous la forme de pensions versées. Une "provision" est constituée, en prévision d'aléas affectant l'activité de la profession assurée. En effet, les différences entre les capacités de financement, et les attentes des futurs pensionnés, ont trouvé leur solution dans la professionnalisation des caisses de retraite "complémentaires".

Car une "retraite de base", égale pour toutes les professions, pour tous les retraités, est gérée par une caisse nationale. Son montant, volontairement faible, laisse aux professions le soin de créer une retraite complémentaire, évaluée et approuvée par une profession, financée par une cotisation, acceptée  par les mêmes.

Il est évident que ce système reproduit les inégalités de revenus entre les professions, mais chacune tient à cette maitrise partielle de l'avenir de ses membres, les nivellements se faisant toujours vers le bas.

Périodiquement attaqué, ce système est spécifiquement handicapé, de nos jours, par la réduction de la base de cotisation, de quatre actifs pour un retraité, au départ, à un pour un de nos jours. Ce qui a contraint les caisses complémentaires à s'adapter...douloureusement....pour les cotisants et les allocataires. 

Ces derniers ont toujours autant de mal à reconnaitre que la pension qu'ils touchent n'est pas faite de l'argent qu'ils ont versé pendant leur activité. Le système de la rente est le seul représentable.

La corporation des financiers ne digère pas mieux ce système, qui recycle l'argent "au jour le jour", sans pouvoir le faire travailler et fructifier, ce que permettrait une retraite par capitalisation. Avec tous les risques inhérents à l'économie marchande: erreurs, et prédations. L'interdiction qui est faite aux caisses de retraite de prendre un quelque risque avec les provisions dont elles disposent, n'a pas d'effets visibles. Pas de détournements, pas de fuite avec la caisse.

Des provisions sont comprises dans leur gestion, mais à un niveau très strictement fixé, et d'utilisation peu probable.

"Tout ça, c'est d'l'argent d'foutu"? Pas pour ses destinataires.

Sceptique