Cette formule péremptoire, supposée exprimer la conviction prêtée à François Mitterrand, m'a toujours parue juste et profonde. Car un métier ne se limite pas à la liste qui les énumère, mais à l'esprit qui anime l'humain qui l'exerce, la partie qui résulte de son apprentissage, et celle qui engage ses sentiments, ses passions, son "coeur".

Je ne vois pas pourquoi elle ne concernerait pas les professionnels de la politique. François  Mitterrand devait la vivre ainsi. Parmi les derniers, Sarkozy la faisait vibrer,  François Hollande  en faisait l'instrument du j'menfoutisme, Emmanuel Macron cherche le "la", et grimace d'insatisfaction. "A-t-il besoin de prendre des leçons, murmure-t-on dans les coulisses ?

Tous les faits de la vie sont des leçons, pour tout le monde. Leçons parfois fugaces, vite oubliées, ou rejetées. Je ne veux pas le savoir est plus fréquent que la pause pour réfléchir sur un échec, l'orgueil est plus fréquent que la sagesse.

Bien sûr, il ne suffit pas de se sentir apte à devenir Président, il faut être élu entre plusieurs candidats. Ils étaient dix postulants lors de la dernière, il y a un peu plus d'un an. Les épreuves orales en ont éliminé quelques uns, le premier tour a sabré, n'en laissant que deux, dont l'un ou l'autre serait élu(e) Président(e) de la République.

Comme la plupart des chefs de partis et des "corps intermédiaires" ne voient midi qu'à leur porte, la désignation d'un seul des postulants les laisse incrédules du résultat. Il faut que le Conseil Constitutionnel énonce le résultat, désigne l'ÉLU. Rarement surpris, en fait. 

Comme beaucoup d'autres Présidents avant lui, Emmanuel Macron avait, a toujours, un bagage, acquis par l'enseignement supérieur spécialisé, ouvert par des concours, délivré par "la grande école", et pratiqué a Bercy, dans l'Économie ou les Finances. Ce n'est pas seulement en raison de ce parcours qu'Emmanuel Macron a pris sa folle décision, mais des signaux reçus depuis des années, de personnalités elles mêmes réputées, comme Jacques Attali, entre autres.

Témoin des faiblesses du Président François Hollande, de l'échec global de sa Présidence, il a eu l'audace inouïe de faire le projet de l'affronter en vue de sa succession. Il avait acquis l'idée très précise de ce qu'il fallait dire et faire, qui le conduise à la fonction présidentielle, la seule qui offre un vrai pouvoir.

Une telle offre, une telle audace, étaient attendues par une majorité silencieuse de français. Les embarras de François Fillon, dont on ne sait s'ils ont un lien avec les manoeuvres qui précèdent toutes les élections présidentielles, lui ont indiscutablement dégagé la voie. Pour ma part, je le pense. Ce fut le coup de pouce qui le mit en selle.

L'opposition qu'il rencontre n'est pas une surprise. Un système politique plus fragile l'aurait déjà déstabilisé. Nos institutions font leur oeuvre. Le Président peut gouverner.

Sceptique