Pendant des millénaires, le maintien de l'ordre des sociétés a reposé sur la peine de mort ou le bannissement. La prison ne semble avoir concerné que les dominants, se faisant de l'ombre entre eux. 

L'évolution vers ce qui devient la norme des sociétés modernes, l'égalité de la sanction pour un délit défini, quelque soit le statut social de l'auteur, est difficile, en raison de la résistance des classes dominantes. Et la fin de la peine de mort dans la plupart des mêmes sociétés, a réduit à un unique moyen les sanctions des actes délictueux à criminels: la prison.

Elle a un double but, sanctionner, et mettre hors d'état de nuire. La plupart des sociétés que j'évoque, s'efforcent de respecter l'égalité des citoyens devant la Loi, et sanctionnent les faits, et leurs auteurs, de manière égale, sans égard pour le statut social de l'auteur des faits.

Il en est résulté, en un temps relativement court, un développement du recours à la prison, d'abord, pendant la période d'instruction des faits, ensuite comme sanction, dont la durée est liée à la gravité des faits, évaluée par les juges.

Entre ses pôles de prévention, d'instruction, et enfin de sanction, le système carcéral, les prisons, est une des principales préoccupations des États. Du nôtre en particulier, car il se heurte à l'ambivalence des citoyens, qui d'un côté, en réclament pour améliorer leurs sentiments de sécurité et de justice, et de l'autre, les refusent, soit en raison du voisinage annoncé, soit pour le prix à payer. Toujours trop beau et trop cher!

Les réalisations sont systématiquement en retard sur les besoins calculés. Elles sont toutes frappées par la suspicion, ou l'espérance, qu'on puisse s'en évader.

Sur ce point, l'expérience internationale est un "pot commun" dans lequel tous les états,tous les condamnés à de longues peines,  et tous les cinéastes, peuvent puiser.

Si l'évasion d'un camp de prisonniers de guerre, concept justement oublié par les hommes d'aujourd'hui, n'est pas un délit, celle d'une prison où le condamné effectue sa peine, aggrave son cas. Cette certitude n'empêche pas le sentiment de nécessité, la préparation de l'acte d'évasion, et sa réalisation, forcément complexe et onéreuse, accessible seulement aux délinquants disposant de moyens financiers et humains. L'exploit de Redoine Faïd fait partie de ces exceptions.

Les coups réussis forment souvent le scénario d'un film.....sans droits d'auteur, autres que pour le réalisateur!

La France est elle un pays mal placé, en termes de sécurité de ses prisons? il est toujours facile de le dire, dans un cas comme celui que nous venons de vivre. Une partie de l'opinion est ambigüe, admirant le bandit qui se moque du gendarme. Il semblerait qu'il y ait eu un dysfonctionnement, qu'une information parvenue à la direction soit restée sans effet immédiat, mais inscrite pour la Saint Glinglin (un de nos Saints Patrons!).

Si le fugitif examine le rapport bénéfices-risques de son exploit, son expérience lui rappellera sûrement qu'il sera à tout coup perdant, sauf sous le rapport de la renommée, de sa légende. Il sera admiré, mais il aura droit à un supplément d'incarcération, à un resserement de sa surveillance. La gloire, les rires sarcastiques des témoins, compenseront-ils la sanction propre à son évasion.

Il n'y a pas de doute, on essaie d'être "comme on se préfère", et on en paye le prix. Notre bandit, frime. Libre ou repris, on ne l'oubliera pas de sitôt!

Sceptique