Ça m'a sauté à la figure, hier après-midi. J'écoutais le journal de Pujadas, sur LCI. L'homme en broche, qui rotissait à petit feu, était Alexandre Benalla, l'ex Monsieur Muscle du P.S., puis, grâce à son prêt, celui du candidat Emmanuel Macron.

Les journalistes qui s'occupaient de sa cuisson, glosaient gravement sur le pourquoi et le comment IL était parvenu à occuper cette place de confiance. Il leur paraissait incroyable qu'il ait pu exister une affinité entre les deux hommes.

Appartenant à la génération qui a vécu pleinement les années 1968 et suivantes, j'ai le souvenir de l'emballement des intellectuels français pour les théories freudiennes . 

On peut être moins enthousiaste, de nos jours, de ces théories de la formation des personnalités, des caractères, des vies sexuelles. Ce qu'on avait misé dessus, l'attente d'un développement harmonieux, moins névrotique, de la sexualité, ne s'est pas présenté au rendez-vous. Apparemment, les jeunes journalistes que j'écoute, ne sont plus formés à ces sources. Ils ne comprennent pas les personnes qu'ils observent. "Comment est-ce possible?" est la question qui colmate leur incompréhension. Un jugement ferme et définitif.

Or, si elles n'ont pas permis de réparer les handicaps de la vie sentimentale et érotique de la génération des années 1960, l'analyse proposée des causes et des aboutissements n'a pas été réfutée. Il s'agit, de toute façon, d'une "science humaine", procédant d'interprétation de faits, ni  réfutable, ni obligatoire. L'observation des adolescents montre que les deux sexes cherchent un appui dans une relation avec un semblable plus à l'aise, plus achevé. Il y a un, ou une dominant(e), et un ou une dominé(e). La relation est un étayage par le ou la plus mure. Pour les adolescents, les performances physiques et l'affirmation de soi ont une importance, et constituent un modèle. Les amitiés rassurantes sont appréciées. Plus l'un se sent en manque, en déficit, plus il en cherche la réparation auprès d'un autre. Ce n'est qu'une "prothèse", mais elle est aimable en soi.

D'autres voiles, d'autres prothèses, ou des défenses caractérielles complètent la forteresse que chaque humain, de l'un, ou l'autre sexe, va opposer aux autres. La plupart font en sorte qu'elles ne soient pas visibles, qu'elles n'altèrent pas les relations nécessaires dans la vie sociale. L'amour et l'amitié sont présumés abolir ce "no man's land". C'est une illusion.

L'aboutissement de cette période de recherche d'un modèle, de mimétisme avantageux, c'est le constat de sa vanité, de la résistance, finalement, de ce qu'on est. La recherche de semblables et leur féquentation apaise l'insatisfaction, conduit au "BOF", qui conclut la recherche d'une vérité de soi. L'insertion professionnelle, et le choix d'un conjoint, ferment, au moins provisoirement, cette phase de doute et d'anxiété.

Tous les hommes, toutes les femmes, ne mettent pas si vite un point final à leur projet de vie. Une frange ne se satisfait pas de l'ordinaire, et continue sa conquête d'une position satisfaisante dans la société. Ce n'est pas seulement une ambition, mais le sentiment qu'on ne pourra ressentir la paix tant qu'on ne sera pas à une hauteur satisfaisante dans la société.

Dans la société française d'aujourd'hui, la constitution "présidentielle", le mode d'élection du président, et ses pouvoirs, permettent à certains de fixer cet aboutissement à leur ambition. Chaque élection présidentielle rameute par dizaines des candidats à ce sommet. Il a fallu concevoir des filtres, une pré-sélection, pour limiter la ruée.

Une fois le nombre de candidats réduit à dix ou douze, le scrutin a deux tours désigne les deux qui se mesureront au deuxième tour. Le gagnant sera le Président, le perdant (ou la perdante) enragera.

Malgré les frustrations des exclus, la durée du mandat a été fixée à cinq ans et non à quinze jours. Les dents longues font mal, se trouver dans l'opposition, avec d'autres, moitié amis, moitié ennemis, est une épreuve.

Rêver d'une Révolution, d'un Putsch soulage un peu, les difficultés et les échecs du lauréat font jubiler. Mais il faut, pour la plupart, revenir à la raison. Peu trouvent un bonheur provisoire dans une opposition acerbe.

 Il ne reste plus qu'une solution, empêcher le lauréat, à tout prix, de faire son travail, d'accomplir sa mission, en dressant des obstacles divers sur son parcours, en attaquant ses collaborateurs du premier rang. Il les a choisi plus souvent affectivement que rationnellement.

C'est ce qui est apparu comme évident pour le choix d'Alexandre Benalla, passé de garde du corps pendant la campagne, à la même fonction officieuse à l'Élysée, doublant les fonctionnaires chargés officiellement de ces missions. Le problème est que leur protégé, le Président, ne peut pas leur taper le ventre!

Perché sur un petit nuage, l'ami Benalla a abusé de la confiance de son "ami", s'est exposé, et s'est trahi, rendant impossible son maintien à ses fonctions. 

Force doit rester à la raison. Au retour à sa prééminence, si on s'en est éloigné.

Les journalistes se rapelleront le propos de Blaise Pascal: "le coeur a ses raisons que la raison ne connait pas."Et ils admettront qu'un Président est un homme comme les autres, avec une tête et un coeur. Le Président se verra opposer le "toujours raison garder" de la majorité de ses prédécesseurs dans l'histoire de la France.

Sceptique