On se souvient de cet usage par les dirigeants soviétiques post staliniens, à une époque où ils étaient débordés par des contestataires, qui n'avaient plus peur des camps de redressement des idées. 

Pour autant, ces idées étaient dérangeantes, voire destructrices du bon ordre, de l'unanimité de l'opinion du peuple soviétique, en faveur du marxisme-léninisme.

Comment combattre les opposants, les idées sulfureuses qu'ils colportaient, sans altérer l'image que le régime voulait se donner?

Comment l'idée de faire de la contestation un trouble mental leur est elle venue, avec pour conséquence un traitement psychiatrique imposé aux mal-pensants, placés directement en hôpital psychiatrique? 

D'une logique qu'une victime, finalement "élargie", et autorisée à venir en France (quelle imprudence!), n'a pas réfutée.

Les communistes estimaient alors que leur doctrine, "marxiste-léniniste", avait tout d'une science. Une science n'est pas une opinion. C'est une vérité démontrable. Elle ne peut qu'être réfutée, à partir de faits nouveaux, qui rendent caduque les démonstrations antérieures.

En l'absence de ces faits nouveaux, non compatibles avec la théorie en cours, la contestation d'une science résulte d'un dérangement mental. CQFD! C'est cette logique qui a permis de "soigner" le délire de ceux qui rejetaient le marxisme-léninisme, socle de LURSS.

Rassurons-nous, ça n'a duré qu'un temps. L'évolution de la politique du PCUS a continué sous la forme d'un auto-démontage jusqu'à son terme. Un peu trop loin pour les nostagiques de l'ordre communiste. Il est maintenant simplement "poutinien". La politique a retrouvé son caractère sacré, réservé à son clergé.

L'injonction signifiée par un juge à Marine Le Pen d'avoir à se soumettre à un examen psychiatrique, est sous-tendue par la même logique: les idées trop éloignées de la moyenne en cours sont en rapport avec un trouble mental. J'ai lu dans une autre analyse, que les attendus du juge se référaient à un risque que ces images des atrocités commises par DAECH portent atteinte aux enfants qui les découvriraient. Les enfants courrent d'autres risques (théoriques) en fréquentant internet.

En supposant que Marine Le Pen se soumette à l'injonction, et que le psychiatre désigné** déclare qu'il faut être fou pour penser comme ça, quelle sera la décision du juge? Comment la formulera-t-il? Qui l'exécutera?

La situation imaginée sera, à première vue, "ubuesque". Elle parait compromise dès ce premier stade: se trouvera-t-il UN psychiatre volontaire pour cette mission? Il y a sûrement beaucoup de psychiatres français hostiles au Front National et à sa cheffe, mais il est douteux que l'un d'eux se prête à cet usage de sa spécialité. C'est une limite éthique qui va de soi. Une clause de conscience explicite ne semble pas nécessaire.

Sceptique+++