Des ours dans nos montagnes, il y en a eu, autrefois, c'est vrai. Des loups dans nos campagnes, c'est encore plus vrai! Ils terrorisaient nos ancêtres campagnards...très froussards, à nos yeux modernes. Ils firent tant et si bien, à l'époque obscurantiste, auprès des autorités peu démocratiques de l'époque, qu'ils en obtinrent une extermination des pauvres bêtes. À notre époque, le Ministre concerné aurait rugi!

Heureusement, nos voisins italiens ne furent pas aussi radicaux, et là où les hommes étaient rares et regroupés  dans des villages ou petites villes, les loups disposaient de la montagne. Il leur fallut plus d'un siècle pour savoir que sur l'autre versant des Alpes, le nôtre, il y avait plein de moutons. Les plus intrépides de leurs descendants franchirent la barrière, et vinrent faire bombance* près de nos bergeries. Les hostilités furent ouvertes. 

Mais notre société pacifiste et démocratique prit alors la décision d'étendre les droits de l'homme aux loups immigrants. Nos bergers sont intimés à les respecter. Il faut qu'ils perdent des dizaines de brebis pour avoir le droit de tuer quelques loups.

Les défenseurs de la nature naturelle, observent ses lois fondatrices, axées sur l'alimentation, nécessaire à toutes les espèces, végétales et animales, ces dernières occupant les positions hérarchiques les plus élevées. En fait, les espèces animales sont les seules à manger, à proprement parler, et disposent des outils spécifiques: bouche, dents,tube digestif, et dispositif spécifique de l'évacuation des déchets. L'alimentation des végétaux est tellement plus discrète qu'on se demanda longtemps comment ils se nourrissaient.

Ceux de la nature idéale critiquent cette cruauté, faveur des prédateurs carnivores. Mais ils admettent que ces derniers sont inaccessibles à toute moralisation. Ils se tournent vers l'être humain, doué de raison, quelquefois "endogène", le plus souvent "exogène", par le moyen d'une éducation. Trop longtemps complaisante avec les instincts naturels, alors que l'homme peut faire mieux que ce que sa nature animale lui suggère. Il peut se faire herbivore. Une forme de bêtise peut l'aider. On la désigne par l'expression "bête à bouffer du foin".

Toujours est il que s'il est impossible de raisonner nos commensaux carnivores, chats, et chiens, nous avons le devoir de mettre en cause notre soumission à notre nature, décrite comme omnivore, comme celle des ours, justement.

La sainteté, aujourd'hui, se définit par la capacité de nous arracher à notre nature, et à nous adapter à une autre, si elle est possible, c'est à dire, compatible avec notre société dans son ensemble. Ne pouvant nous faire oiseaux, sans artefacts énergivores, poissons, sans nous noyer, quand le sommeil se fait le plus fort, une seule issue nous reste, nous faire herbivores. Les inconvénients sont retardés, ils ne concernent que nos enfants: ils dépérissent et meurent.

Serons-nous à jamais assujettis à notre nature ratée, contraints de nous nourrir contre notre conscience, contre nos devoirs, parmi lesquels la sanctification de nos comportements?

J'en arrive à mon titre. Ce n'est pas seulement dans ce qu'il nous reste de nature encore sauvage qu'il faut lâcher des fauves carnivores, mais partout où il y a des hommes, vivant dans l'insouciance. Dans nos campagnes, sûrement, mais aussi dans nos quartiers, dans nos cités HLM, dans les lieux que je n'ai pas cités, mais que me rappelleront mes lecteurs.

Pas Sceptique, pour une fois.

*Ce qui choque notre radinerie, c'est le comportement, un véritable gaspillage, de ces braves loups. Il leur faut tuer une dizaine de brebis, pour le plaisir, avant de s'arrêter et d'en manger presqu'une entière. La mémoire de notre histoire humaine, conservée par nos ancêtres, et rappelée à chaque génération, par nos historiens, nous conditionne dans cette sobriété, ce refus du gaspillage....que nous ne pratiquons que sous forme de crises.