Trois* samedis d'émeutes, de destructions, d'offenses aux parties les plus belles de Paris, aux monuments les plus symboliques de notre histoire, de ses moments les plus glorieux, des anathèmes adressés à l'élu qui couronne notre pyramide de représentants du peuple, le Président de la République Emmanuel Macron.

Tout ça parce qu'il a mis en actes sa conviction de l'urgence de notre désintoxication de nos chères voitures, de leur carburant irremplaçable, en lui promettant une taxation exponentielle, jusqu'à ce que notre peuple viennne les déposer à ses pieds.

C'est le sacrifice exigé par la nouvelle religion, l'écologie, qui fixe la fin des temps au terme de quelques décennies. Le millénarisme est dépassé, poubellifié.

Des centaines, suivies par des milliers, de citoyens français moyens, aux revenus faibles, assurés par un travail à une certaine distance de leur domicile, que leur automobile permet de parcourir commodément, se sont vues ciblées par une taxe punitive, de plus, promise à un ajustement à la hausse, au vu de son effet, ou au contraire, de son insuffisance dissuasive. Leur sang n'a fait qu'un tour. Leur révolte a pris la forme de blocages de la circulation des indifférents et des résignés.

 Comment leur est venue l'idée? Les "gilets jaunes" qui arborent cet objet vestimentaire, destiné à rendre plus visibles les victimes d'une panne ou d'un accident, transformé en élément d'uniforme,très visible, ne semblent pas le savoir eux-mêmes. Le signe de reconnaissance, la participation muette au mouvement, s'est imposée avec un succès réel.

Trois* samedis de violences à Paris, sur les champs Élysées, sur le rond-point de l'Étoile, avec et contre des groupes concurrents, manifestant et détruisant pour leur compte, ont transformé l'esprit des gilets jaunes. Ils cassent et castagnent à leur tour, aux dépens de la Police, mais aussi des symboles de l'opulence qui abondent dans ces quartiers. C'est par millions d'euros que les dégâts produits par les manifestants les stigmatisent. L'aide apportée par les casseurs de diverses obédiences retombe sur eux. Il ne s'en défendent que mollement, faisant une place au doute.

De toute façon, au fil du temps, se dégage le projet politique non identifié, mais conforme à la radicalité de l'extrême...gauche. L'enthousiasme des journalistes de l'Humanité est attendrissant. Une autre étrangeté est le refus de s'expliquer pacifiquement avec les représentants du pouvoir légitime...en cours. De soi-disant plénipotentiaires du mouvement auprès du pouvoir politique encore légitime ont fait une apparition, puis sont repartis, mutiques. Les personnalités, membres du gouvernement, qui s'étaient vus "blackboulés" ont cru nécessaires d'inventer des échanges foisonnants. Les images les démentaient.

Les politologues réputés perçoivent une intention très claire de ne pas reconnaitre la légitimité des représentants du pouvoir issu des urnes en 2017. Lequel, manifestement, est encore perplexe face à l'offensive, à son sens, à ses objectifs possibles.

La spontanéité d'un tel mouvement, coordonné sur tout le territoire national, est trahie par la puissance et la diffusion de son résultat. Son refus effectif d'établir une communication avec le pouvoir légitimé par les urnes, est un autre symptôme d'intentions plus radicales. Un projet de coup d'État surfant sur le mécontentement d'une catégorie sociale nombreuse et non favorisée peut être rationellement envisagé. Les secrets de l'organisation sont bien gardés.

Crispé sur ses positions depuis le début de la crise, le Président aurait intérêt à prendre au sérieux cette menace, et à différer la mesure qui a été surexploitée, la hausse des taxes sur les carburants, dont la nécessité aurait une justification écologique. Il est très fixé sur cette perspective, qui a justifié une série de hausses se voulant dissuasives à terme. Mais la mobilité de la société contemporaine fait de la résistance. L'organisation des "gilets jaunes" s'en est emparée. Elle a perçu l'effet de levier de cette politique sur l'opinion. Le sentiment de persécution, au nom d'une théorie catastrophiste, aboutit à un "encore un peu de temps, monsieur le bourreau". Dramatisation, ou non, le Président doit rassurer. La planète en est elle à quelques mois de liberté de circulation automobile? C'est plutôt difficile à démontrer, d'une part, le reste du monde ne suit pas, d'autre part. Les français peuvent-ils sauver le monde par leur sacrifice?

S'ils perdent Leur Liberté, confisquée par les organisateurs du mauvais coup, ils verront vite de quel bois leurs nouveaux maitres se chauffent. Il sera trop tard. Cette "neutralisation" du "coup" devrait l'éviter.

Sceptique

* C'est le dernier nombre donné. Leur violence croissante a un effet de loupe! Il vaudrait mieux qu'il n'y en ait plus d'autre.