Beaucoup d'émotions ont été exprimées, ces dernières semaines, au sujet du projet présidentiel d'élargir à toutes les femmes, le droit à la Procréation Médicalement assistée, ou PMA.

La principale objection était de créer des enfants sans père.

Dans notre histoire, notre société, pas si rigide qu'on le croit, en a créé beaucoup, dans ses couches les plus pauvres. Les filles-mères, larguées par le géniteur, élevaient, comme elles le pouvaient, les enfants, filles ou garçons, qu'elles avaient mis au monde. Elles continuaient leur tâche de servantes. Qu'elles pouvaient remplacer, à l'occasion, par celui de nourrice.

Si elles avaient la chance de se voir offrir un mariage, ou un concubinage,l'homme prenait aussi en charge les enfants existants, l'état civil n'avait pas la complexité et la rigidité qu'il a maintenant. D'autre part, le mariage de la mère n'assurait pas forcément le bonheur de, ou des, enfants "naturels".

Il semble que, plus tard, les valeurs "bourgeoises" se sont infiltrées dans les campagnes, et ont culpabilisé des "filles mères". Qui ont abandonné leur enfant, comme cela se produisait plus souvent dans les villes. Un mouvement du balancier plus récent, que je situe dans les années 1950-1960 a relevé le niveau de la tolérance, à la campagne.

L'arrivée de la pilule contraceptive, dans les années 1960, a rendu possible la prévention des grossesses inopportunes. Généraliste rural à cette époque, j'y ai eu recours, sans hésitation, avec les précautions recommandées. Quand une grossesse se déclarait, les parents de la jeune fille se montrait plus tolérants, et le géniteur, plus responsable. Ce qui n'augurait pas le futur du couple improvisé. Mais l'enfant avait un nom, un état civil.

Quelques années plus tard, c'est l'IVG qui a été légalisée, et a permis aux géniteurs un peu trop jeunes de reporter à plus tard ce qui était un accident et non un projet.

Mais c'est aussi à cette époque que j'ai eu à suivre des femmes adultes élaborant, seules, un projet d'enfant, et le menant à terme. Je n'ai jamais commenté ces projets de femmes adultes et responsables. Désigner un père à leur enfant serait leur affaire, quand elles le décideraient.

Plus tard, j'ai pu mesurer l'inanité de la recherche du père ou de la mère, par un enfant adopté. Le succès de la recherche débouchait sur une déception massive et l'impossibilité de nouer un lien. Il fallait faire le deuil du vrai parent , surinvesti par l'imagination. Accompagné, déculpabilisé, le fils ou la fille déçue se réinstallait dans sa réalité, valable, appréciable, sans aucune pression.

Si on questionne la "nature", on se rend compte qu'elle est sans mémoire, alors que si l'on questionne l'histoire, le récit que l'enfant a reçu et entendu, il est exceptionnel qu'il comporte des éléments pathogènes réels. Ce qui est imaginaire peut être relativisé.

L'être humain parle, "on" lui a parlé....de lui, c'est ce matériel qui le façonne et le positionne, sans rigidité, discutable, aménageable. Chaque sujet dispose de la possibilité de métaboliser son histoire, d'y ajouter les fictions qui lui plaisent.

La nouvelle liberté offerte aux femmes ne doit pas être attaquée. C'est malheureusement le sort commun de toutes les libertés qui apparaissent dans le désir humain, et dont "on" craint toujours qu'elle se transforment en licence destructrice*. Ou même, en obligation!

Sceptique

* La contraception devait "vider les berceaux", l'IVG, itou. Voilà maintenant la fonction paternelle. Dont l'absence n'empêche pas de vivre. Tant que la parole de la mère l'esquisse, au moins sommairement.

Sceptique