Des juges avaient admis que ce qui était entretenu au sein du corps inerte de Vincent Lambert, en état végétatif depuis dix ans, à la suite d'un accident de motocyclette, ne s'améliorerait jamais. Il avait eu beau préciser, par écrit, qu'en cas d'accident grave, lésant lourdement son corps, ses capacités à une vie "normale"il ne voulait pas être ranimé à tout prix, sa mère, prenant la direction des événements, imposait avec ténacité le maintien en vie de son fils réduit à une vie végétative définitive. Les dégâts neurologiques étaient trop importants, et irréversibles. Les soins palliatifs, suppléant les fonctions vitales, entretenaient une vie automatique du corps, mais de toute évidence, sans conscience, sans vie relationnelle, inter-humaine. Pas plus par la mimique que par la parole, perdue à jamais. Une forme de vie ne permettant pas l'adjectif "humaine".

La science médicale était formelle. Les dégâts et leurs conséquences fonctionnelles étaient incurables, irréversibles. Compatibles avec une vie assistée permanente, mais sans une parcelle d'autonomie. Il n'était même pas raisonnable de supposer une pensée se formant dans ce corps polytraumatisé.

Mais sa mère, enfermée dans ses convictions religieuses, comme l'existence d'une âme autonome, et de plus, exigeante, réclamant son dû, ne veut voir que ça, un corps immobile,  muet, mais vivant, avec les droits afférents liés à l'âme de nature divine. 

Cette conviction de base est l'obstacle essentiel à la légitimation de l'euthanasie, c'est à dire l'administration de la mort à un corps vivant, mais privé d'autonomie, des moyens d'en jouir.. 

À notre époque, encore, les réserves étayées sur cette conviction multimillénaire, reconnue comme sacrée, sont toujours prises en considération. La croyance qui les soutient vaut plus que celle qui les met en doute. Ni l'une, ni l'autre, pourtant, ne sont plus solidement démontrables. À ce titre; elles se valent strictement. Quant au droit, une fois défini et convenu, il s'impose.

Le combat reprendra demain, car la décision de la justice lèse des vivants. D'autres hommes de droit s'élèveront contre une décision comportant une part certaine d'injustice. L'un se voit garantir le droit de vivre, l'autre se le voit refuser.

Sceptique