Le malade qui implore pitié, car elle rime avec santé, est encore protégé par un secret d'État. 

Il serait de polichinelle s'il s'agissait d'un magot ordinaire, comme il en traine parfois dans les sous sols des banques, ou dans les vitrines des bijouteries. Il est connu des géographes, ses coordonnées n'ont plus rien de secret. C'est, en fait, le débouché d'une cheminée volcanique refroidie et figée, qui a permis, il y a quelques millions d'années à une masse du magma qui constitue le centre de notre terre, mais qui cherche à remonter à sa surface.

Pourquoi?Parce que les pressions gravitationnelles imitent ce qui se passe dans un fruit pourri, qui utilise son propre poids pour s'alléger de ses liquides. Si une brèche s'ouvre dans le fruit, il s'en écoule un maximum de liquide. La différence avec une planète, comme la nôtre, c'est que le liquide qui s'écoule est fait de roche en fusion, à la température adéquate, de plus de mille degrés. C'est ainsi que les éléments lourds, comme l'or, se retrouvent en surface, mélangés à faible dose dans les produits des volcans.

J'en arrive à l'essentiel, la "Montagne d'or" de la Guyane a été formée par une remontée de magma, dans lequel se concentrent les éléments lourds. L'or en est un. S'il fascine les hommes, c'est parce qu'il brille toujours, dès qu'il est refroidi et figé. Si on le laisse tranquille, on le retrouve tel qu'il s'est déposé, autant de milliards d'années après avoir été déposé, là où l'homme a fini par l'identifier. Il brillait, imperturbable. Il suffit d'une toute petite miette, pour le trahir. Avisés, les hommes s'en chargent, ne le lâchent pas, dès que la quantité en vaut la peine. Le massif des Guyanes, au Nord est de l'Amérique du Sud, récompense, chichement, mais sûrement, tous ceux qui se donnent la peine de le gratouiller. Ils ne seront pas écrasés par des lingots, mais quelques dés à coudre de poudre amélioreront l'ordinaire. Avec de la chance, une grosse pépite assurera la fortune. Il faudra s'en débarrasser au plus vite!

Tout ça pour dire que notre République, qui a hérité de la plus ingrate partie de ce qu'on appelle "Les Guyanes", se retrouve disposer d'un gros crachat de magma, représentant, "potentiellement" des tonnes d'or fin. Qu'il faudra séparer de la roche sans valeur qui s'est écoulée (en fusion)-, en même temps.

C'est du travail, d'abord. Broyer le mélange, le plus finement possible, pour séparer l'Or de la roche mère. C'en est encore. La tentation d'user de moyens malsains, mais efficaces, est grande. Ce sont ceux dont usent les orpailleurs clandestins qui fourmillent dans ces lieux. L'Or n'a pas d'odeur, mais les hommes qui l'aiment, oui! Dès qu'il y en a un quelque part, son odeur attire.

Il y avait, il y a encore quelques jours, deux options. 1) laisser les orpailleurs se débrouiller, avec leurs moyens connus. TRÈS SALISSANTS. Semant du mercure* partout. Toxique pour tous les environnements.

2)Confier à une société choisie par l'État le soin de créer  un site d'extraction et de traitement moderne de ce gisement aurifère prometteur. Des sous à investir, mais à récupérer. Une part pour l'État.....un peu moins pour les autres parties prenantes. L'usage de la force pour mettre à l'écart les orpailleurs indépendants, "cochonnant" l'environnement avec leur mercure.

Les hommes d'aujourd'hui ne sont plus comme nos pères. Devant une affaire comme celle-ci, ils hésitent, se questionnent, et finalement, en l'occurrence, ils s'interdisent de toucher au magot, de le mettre en exploitation, dans les règles que l'expérience a créées. Il faudra creuser, broyer, séparer le broyat en ses densités différentes, ne garder que le plus riche en or. Et jeter dans la nature ce qui se révélera stérile (en matière d'or).

La nature sera salie, s'écrient certains, le crient fort, si nécessaire. Pourtant, il n'est pas prévu d'utiliser la commodité du mercure, assoiffé d'or dès qu'il passe à sa portée. La seule décantation devrait assurer la rentabilité de l'exploitation.

Mais ça se verra du ciel!  Comme une plaie infligée à la montagne! On fait moins d'histoires pour les autres minéraux, nécessaires à nos industries. Notre goût pour l'or nous fait maintenant honte. On cachait déjà les lingots. On ajoute les gisements. L'or, beurk! La Guyane, encore à nos ordres, devra renoncer à cette ressource....de travail! Il ne faut pas déplaire aux dieux!

En fait, les orpailleurs attendent par centaines, avec leur petit bidon de mercure,  l'abandon du site prometteur. Ce ne sont pas des anges! Ni les salissures, ni les crimes, ne leur font peur. S'il faut déployer des gendarmes pour les dissuader, qui paiera? La République!

Telle sera la vraie histoire de la "montagne d'or".

Sceptique

*Le mercure a une affinité pour l'or, et forme un amalgame. Il faut le chauffer pour séparer les deux métaux, de valeurs très différentes. Les vapeurs de mercure sont très toxiques, mais comme l'or est beau!! Je n'ai pas besoin de faire un dessin pour être mieux compris! Une exploitation contrôlée aurait évité les inconvénients humains et environnementaux. Mais ce serait trop....intelligent!