La très bien élevée Jeanne d'Arc haranguait les "godons" pour leur annoncer ses attaques. À l'époque, ça les faisait rire. Pas longtemps.

Barack Obama n'a pas eu besoin de changer de vêtements pour user d'une aussi ferme courtoisie. Ayant une certaine expérience de la chose militaire, je me suis demandé à quoi pouvait bien rimer cette annonce, "urbi et orbi", trois semaines à l'avance, d'une attaque d'envergure contre un fief ennemi.

Comme il était prévisible, l'offensive des troupes de l'OTAN, dans le sud de l'Afghanistan, s'est déployée dans le vide. Les pertes, minimes, ont résulté de rares accrochages, et de pièges laissés par les maîtres des lieux. Les images de la télévision ont montré les tortues Ninja américaines avance r de leur pas lourd vers...les caméras qui les attendaient. Du bon cinéma.

Ces croisades pour la démocratie et pour les droits des femmes, que l'occident mène encore dans ces parages hostiles, présentent deux caractéristiques qui ne sont pas négligeables. Le souci d'économiser les vies de combattants tourne à l'obsession, respectant les réticences des peuples au nom desquels cette guerre est menée, et celui d'épargner le peuple à protéger, de toute balle perdue, limite sérieusement les capacités tactiques des "libérateurs". 

Je pense, cependant, qu'on assiste à une ultime réoccupation de cette zone non contrôlée par l'Otan et le gouvernement de Kaboul, permettant de détruire un maximum de champs de pavots, au meilleur prix. Les États-Unis et leurs alliés européens veulent se retirer le plus honorablement possible du guêpier afghan, tout en pariant sur un compromis tout aussi honorable entre leur protégé Hamid Karzaï et ses compatriotes "en rébellion". 

Il est évident qu'une attaque surprise, à la portée d'une force armée disposant de moyens aériens d'attaque et de transports, et d'une puissance de feu, suffisants, de cette partie entièrement aux mains des talibans, avec les civils au milieu, aurait été très meurtrière, particulièrement pour la population, ce qui n'aurait pas manqué de provoquer échos médiatiques et réactions hostiles dans le monde entier. Le "nettoyage" de la zone n'aurait jamais été que provisoire.

Au sein de toutes les démocraties engagées dans ce conflit, qui ne manque pas de justifications morales, les peuples, auxquels reste le dernier mot, sont désormais hostiles à son prolongement. Les dirigeants politiques qu'ils ont mandatés sont contraints de s'exécuter, tout en évitant le spectacle d'une déroute des militaires, et d'un sauve-qui-peut massif des civils. Pas facile!

Pour les militaires, les choses sont claires. Mener convenablement une retraite est bien plus difficile qu'une offensive. Et comme, maintenant, ce sont les civils qui sont les vrais chefs des armées, il ne reste aux généraux qu'à espérer des ordres précis, sans contradictions. 

Sceptique