Le succès de la science spatiale européenne, dans l'état actuel de son résultat, est digne d'être accueilli par les hourras et les congratulations de ses acteurs, nombreux à se partager des tâches très partielles, mais toutes essentielles à la réussite.

Et les profanes, admiratifs, éblouis, applaudissent. Les esprits chagrins ne savent pas quoi dire, car il s'agit d'une science vouée à la connaissance de notre monde physique. Si ses besoins en matériels divers sont satisfaits par des industries de pointe, qui auront d'autres usages, c'est un ensemble de sciences et de technologies non dérangeantes. Leur terrain d'application n'est ni notre terre en particulier, ni notre vie quotidienne. Elles résultent de notre curiosité, et s'efforcent de la satisfaire. Elles permettent d'oublier, un instant, les malheurs de l'humanité, subis et entretenus, depuis qu'elle existe. Leur impuissance est même leur qualité. Indiscutable. Comme le foot-ball, la science spatiale détourne l'homme de ses soucis triviaux, par ses exploits lointains, par ses compétitions devenues pacifistes. Et, là, véritablement! Nul besoin d'arbitres pour sanctionner les mauvais coups.

Les autres sciences sont celles de la nature, et les sciences humaines. Ces dernières essaient de comprendre nos difficultés spécifiques, créées par notre aptitude à la parole et à la construction de cultures, capacité qui contribue à nous définir, mais en même temps à nous diviser, à nous opposer, à nous haïr. Il est patent qu'elles ne sont pas une solution pour l'humanité, en raison de leur multiplicité, de l'indémontrabilité d'une supériorité de l'une sur toutes les autres. Pour ces "vérités" non démontrables, les humains en arrivent à s'entretuer, sans jamais assurer la domination définitive de celle que porte le vainqueur.

Les sciences de la nature embrassent le monde vivant et l'environnement qui l'abrite, qui offre au phénomène de la vie les conditions minimales. Il y a un débat, justement activé par l'exploit de Rosetta, sur l'origine de la vie qui existe sur notre terre: est-elle apparue parce que les conditions physiques s'y prêtaient, ou a-t-elle été ensemencée en même temps que la pluie de météorites divers, dont des fragments de comètes, qui s'est agglutinée pour la former, ni trop près, ni trop loin, du soleil, notre étoile. Ni trop petite, ni trop grosse, juste ce qu'il faut pour retenir l'eau et une atmosphère*.

Seule espèce à pouvoir accumuler de la connaissance, la conserver, la transmettre, et, enfin l'utiliser pour agir sur ses conditions de vie, la rendre moins aléatoire, et plus confortable, l'homme a annexé la terre, et a, peu à peu, inscrit sa marque sur sa surface. Il s'est longtemps enorgueilli de pouvoir re-modeler à sa convenance la surface de notre planète. Son échappement aux lois de la nature, qui s'équilibre par l'égalité des chances des êtres vivants, qui se nourrissent les uns des autres. Tout excès est sanctionné par la pénurie qu'il engendre.

Quand l'homme s'est trouvé confronté à cette réalité, que la chasse et la cueillette faisaient le vide autour de lui, "Il" a inventé l'élevage et l'agriculture, réglant pour quelques millénaires son problème de ravitaillement.

J'en saute quelques uns, pendant lesquels "il" n'a cessé de progresser, en nombre, et en astuces pour faire de lui le maitre de la nature. En son sein, même, des critiques et des doutes sont apparus, prévoyant de plus en plus explicitement la destruction par l'homme du milieu qui lui est vital comme à toutes les espèces vivantes. Le savoir, les sciences qui le regroupent, les techniques qui permettent à l'homme d'ajuster la nature à ses besoins, ont commencé à être contestées, dans leur existence, même. Une classification nouvelle s'est imposée, entre sciences tolérables, et sciences intolérables, réunissant celles qui aident l'homme à étendre sa domination, à compenser les inconvénients créés par sa prolifération. 

Les tenants de cette critique aboutissent à des mesures logiques: l'homme doit s'arrêter, de proliférer, d'abord, d'augmenter sa consommation, pour diminuer en conséquence sa production, de cesser toute recherche pouvant déboucher sur un contournement des obstacles rencontrés. Il doit revenir, au contraire, à l'humilité, oubliée, de sa nature ordinaire. 

Comment faire? Le catalogue des nécessités est énorme. Le train de l'humanité, lancé à bonne vitesse, a une masse qui ne permet pas un freinage trop brutal. Tous ses passagers n'ont pas envie d'arrêter la balade. Chaque moyen de le ralentir affecte une catégorie de passagers qui voit son propre avenir "invivable", et proteste contre le sacrifice qui lui est assigné.

Ceux qui sont à la manoeuvre cherchent les points faibles, par lesquels amorcer la régression qualitative, puis, quantitative, de la part d'humanité qui est sous ses ordres. L'évolution des sociétés a peu à peu délimité un point faible, démographique, et par conséquent politique. Économique, aussi, car "primaire". Devenu théorique, à force d'invisibilité: l'agriculture, sous ses divers aspects.

Réduire son offre permettra de maitriser la demande, de proche en proche. Les freins chaufferont à blanc, le bruit sera infernal, mais il faudra à tout prix que le train reste sur ses rails. Ses éléments qui auront quitté la voie seront poussés dans l'abyme.

Rosetta et ses plans sur la comète nous auront distraits quelques instants de nos réalités. Même notre Président a pu retrouver pendant une à deux heures ses rêves d'adolescent. Il faisait plaisir à voir. Son retour à la dure réalité, que ses bons amis, mais néanmoins vigilants, lui rapelleront, sera inévitable. 

On ne perd rien pour attendre les films que Philae (le robot transporté par Rosetta), semble avoir du mal à envoyer. Après cette trève, la guerre contre "homo sapiens" va reprendre.

Sceptique

*Laquelle atmosphère n'a plus rien à voir avec celle, "méphitique", des origines. C'est la vie, la végétale, qui l'a progressivement pourvue d'oxygène, et appauvrie, en CO2. Objet actuel de nos angoisses politiquement correctes.