C'était un projet inspiré par l'audace allemande, qui s'est postée sur ce créneau, compenser par la taille et le nombre de machines à faire du lait la rentabilité limite de cette production.

Nous ne pouvons être sourds aux gémissements de nos propres producteurs, de taille petite ou moyenne, devenus dépendants des industriels du lait, qui leur achètent leur production, la conditionnent pour la distribuer dans les divers points de vente, avec un délai de conservation de quelques mois. Une autre partie est utilisée pour la fabrication de fromages et de laitages, au délai de conservation plus court, mais devenu le principal mode de consommation.

En amont, donc, les producteurs ne peuvent garder sur les bras leur production plus que quelques heures. En aval, les industriels disposent d'un temps confortable, et d'une clientèle de distributeurs dont la demande est stable. Mais la concurrence ne permet pas une réelle liberté des prix. Ils doivent donc calculer, à tout instant, le prix qu'ils peuvent payer aux producteurs, sans y perdre. S'il y a mévente, ou l'apparition d'une concurrence "sauvage", ils se retournent vers les producteurs, ils baissent le prix de la collecte. Les producteurs se révoltent, ils se mettent en grève, ils jettent leur lait là où ça peut se voir, avec ou sans convocation de la presse ou de la télé. Les industriels attendent.

Il fut un temps où les producteurs étaient regroupés en coopératives, et maitrisaient ainsi toute la chaine qui va de la vache à la distribution. Mais, apparemment, ils ne maitrisaient pas la gestion de l'ensemble, et les coopératives sont devenues les usines de sociétés privées, dont la rentabilité est fonction de la taille.

Les méga-fermes, regroupant autour de mille vaches laitières, et intégrant leurs propres chaines de conditionnement et de production de laitages, sont apparues en Allemagne, où elles n'ont suscité aucun émoi particulier, passant au dessus du Rhin, en tout cas.

Par contre, leur clone picard, dans la région d'Abbeville, quel raffut! Les producteurs locaux, les écolos, les défenseurs des animaux, ont fait tant de foin (même pas consommable!), que la politique s'en est mêlée. 

Notre participation à l'Union Européenne ne nous permettait pas d'interdire, purement et simplement, cette innovation saugrenue. La ferme, comme la poire, a été coupée en deux: 500  vaches autorisées, au lieu de mille, en gros. Imaginons une usine prévue pour fabriquer mille voitures (par jour, par semaine, ou mois) à laquelle on imposerait de n'en fabriquer que la moitié. Je pense que personne...n'y penserait!

Mais en matière d'agriculture, apparemment, tout est possible! Il y a du mépris dans l'air. Il était évident qu'avec cette mesure, le projet était vidé de sa substance, de sa rentabilité. 

L'entrepreneur aurait été plus avisé de renoncer, de laisser les cons militer en choeur. Il a, en douce, augmenté son cheptel. Sans doute dénoncé, "on" est venu compter les vaches. Autour de 750. "Il" était en route vers mille.

"On" a tout de suite annoncé que la ferme devait se débarrasser de ces 250 vaches excédentaires. La mise en faillite de l'entreprise ne tardera pas.

Question: la profession agricole fabriquerait-elle des verges pour se faire battre? Alors que les volontaires pour appliquer le châtiment ne manquent pas, de moins en moins, même!

Sceptique