Après les drames provoqués par la tempête Xynthia, et quelques autres hors de nos frontières, et donc, de notre perception, c'est le déluge sur Draguignan et tout le Var, avec ses morts et ses ruines, qui ne va pas tarder à rallumer les disputes sérieuses.

Ce désastre est il du à un changement climatique, anthropique, évidemment, ou au phénomène de l'urbanisation, tendance forte, et même partie prenante, des sociétés modernes? C'est ainsi qu'en France, le phénomène de l'urbanisation s'est fortement accéléré depuis l'après-guerre 39/45 et la transformation de notre société, passée des valeurs rurales à celle de l'économie industrielle et des services. Le procès n'est évidemment pas le même, et le verdict ne le sera pas non plus. Pour  le premier réquisitoire, la sanction est le retour aux champs, à la traction animale, et à la musette des semeuses. Pour le second, pas forcément très éloigné, ce sont les conditions les plus drastiques imposées aux municipalités des villes.

On se rappelle maintenant que les déluges, sur les bords de la Méditerranée, ont une fréquence d'un par siècle, à peu près. Un siècle est bien suffisant pour l'oubli ordinaire. Quant aux archives, parfois gravées sur des édifices publics qui ont fait trempette au siècle dernier, ou au cours du précédent, qui les regarde? Il est évident qu'en se développant, Draguignan a recouvert les ravins creusés par les déluges des siècles précédents, et que ce sont ses rues qui les ont remplacés et se sont transformées en torrents furieux, emportant et tuant de malheureux automobilistes. Notons que lors du précédent épisode, au début du siècle dernier, la voiture ne faisait pas partie de l'indispensable. Et comme il n'y avait pas non plus la radio et la télé, les drames qui se jouaient à distance n'avaient pas le même écho.

Devons-nous regretter, nous reprocher cette évolution, pendre en effigie les responsables? Retirer leur nom des rues et boulevards, abattre leurs statues? C'est non, pour ma part. Le bon-vieux-temps est une pure fiction. Nos ancêtres vivaient des drames bien pires que ceux qui nous affectent aujourd'hui. Notre société moderne est bien plus solidaire, par son organisation même, indépendante de l'émotion, que les précédentes. Les blessures, publiques et privées, infligées à Draguignan et à ses habitants, seront réparées, avec l'aide de l'État, de nos sociétés d'assurances, et des citoyens émus et généreux. Il n'est même pas certain que les travaux pharaoniques nécessaires pour corriger les défauts de la ville soient jamais entrepris. Leur coût, les destructions complémentaires à opérer, feront reculer les édiles et les citoyens. On le voit bien avec la mésaventure de la côte atlantique.

Faisons corps avec les draguignanais*, et cessons de nous flageller ou de chercher un bouc émissaire.

Sceptique

*"On" ne dit peut-être pas comme ça, mais tout le monde comprendra!