La nouvelle a provoqué un grand émoi, et a suscité les commentaires les plus pathétiques dans nos médias télévisés. L'apparition, dans quelques territoires francais, d'un ver, un "platelminthe", de couleur noir luisant, qui dévore nos braves et précieux lombrics, ces êtres très simples, qui se nourrissent des micro-organismes qui vivent dans la terre. Ils rejettent les résidus de leur digestion, formés de substances directement assimilables par nos plantes. Les galeries qu'ils creusent servent à la circulation de l'air et de la pluie. Bref, notre ver de terre a reçu une promotion de la part de notre science moderne. De banale nourriture pour nos merles, nos poules, ou les oiseaux de mer qui ont découvert leur intérêt et celui de suivre les machines agricoles, il est devenu, comme les abeilles, la condition "sine qua non" de notre propre survie....et de celle de nos journalistes, bien entendu.

Encore une sanction du péché originel de Henri le Navigateur, ce prince portugais qui a inventé la caravelle et lancé les européens à la découverte et à la conquête du monde. On était si bien dans l'ignorance de ce qu'il y avait au delà de l'horizon! L'ignorance, on peut la conserver, la garder au chaud, sous son chapeau. Mais une fois qu'on l'a oubliée quelque part, dans un livre, sur une carte, on ne la retrouve plus. Il faut continuer à apprendre.

Des tas de bestioles, les plus petites, les plus réellement dangereuses, se sont faufilées dans les bagages des découvreurs, de leurs successeurs encore plus nombreux, les commerçants, maintenant des touristes, pour exercer la vengeance de la Nature des méfaits de notre engeance. À plusieurs reprises, ces actes de vengeance furent réellement désastreux. Comme le mildiou de la pomme de terre, par exemple. Il fit indirectement des milliers de morts. D'autres malheurs, seulement économiques, affectèrent notre viticulture, ou l'élevage du ver à soie, piqué aux chinois.

Certains se frottent les mains à l'idée d'un désastre radical et mérité mettent fin pour de bon à notre prétention à survivre après une telle accumulation de péchés contre Gaïa. "On" a déjà dit la même chose quand des maladies, ou les pesticides utilisés par l'agriculture, ont semblé promettre à la disparition nos chères abeilles, dont on pique le miel depuis des millénaires. "On" a prêté au riche Einstein une prédiction apocalyptique au cas de leur disparition. Je suis bien placé pour savoir que les butineurs sans intérêt économique et/ou gourmand ne manquent pas*.

Quid de notre nature sans lombrics? En supposant que ces sales vers venus d'ailleurs** les exterminent jusqu'au dernier? Sans disparaitre à leur tour, victimes d'une famine qui sera de leur fait. 

L'article émanant d'un observatoire officiel souligne que là ou le lombric et son prédateur cohabitent depuis longtemps, les lombrics ont élaboré des pratiques d'évitement. Tandis que les nôtres sont ignorants et se font bouffer tout crus.

Dans notre pays, on ne conçoit pas que quiconque, surtout un ver, soit capable d'apprendre tout seul la manière de s'en sortir.

On apprendrait que Monsieur Stéphane Le Foll a confié à Monsieur Vincent Peillon la prise en charge de cet enseignement, ne devrait pas nous surprendre***.

Sceptique

*Il y a toujours des marchands de miel sur mon marché.

**Ils viendraient de Nouvelle-Zélande, qui "existe" toujours, aux dernières nouvelles, en passant par l'Angleterre, également mentionnée régulièrement comme existant (David Cameron, son Premier Ministre, est encore vivant, ça, c'est sûr!).

***Il serait sûrement moins coûteux de faire fabriquer par nos biotechniciens un lombric transgénique, pourvu d'un gène humain (les plus toxiques) qui foudroierait l'intrus dès la première bouchée (on sait que les lombrics survivent aux amputations). Mais cette méthode serait bien sûr interdite avec horreur.