Il y a une évidence. En France, sûrement, ailleurs, probablement, l'enfant n'est pas un sujet. Il n'est pas, non plus, un objet. Il a des droits dont les "autres" sont comptables,  qu'ils doivent respecter pour son bien-être présent et à venir.

Une autre question est celle de la décision de le concevoir et de le laisser naitre. "Il" a été longtemps un "phénomène" naturel, au service d'une espèce, "naturelle", comme les autres, l'humaine.

Mais dès que l'espèce humaine s'est vue "pas comme les autres", l'enfant est devenu une obligation, un devoir , divin, puis,  politique, des femmes.

Ce n'est que récemment, dans nos sociétés, dites "modernes", que le devoir d'enfanter est devenu un droit. Pour les femmes, pour les couples, quels qu'ils soient, y compris homosexuels. Lesquels doivent contourner l'obstacle biologique. Recourir à l'adoption parait la solution la plus facile. Mais, en fait, elle ne l'est plus du tout.

Pour les femmes, c'est l'insémination artificielle par donneur, anonyme, ou non. Pour les hommes, et les femmes frappées de stérilité, est apparue la solution de la grossesse par mère porteuse. Une femme fait un enfant pour un homme, ou un couple, et le remet à sa naissance à celui ou ceux qui l'ont "commandé". Le montant du paiement est convenu entre les parties. C'est cet aspect mercantile qui choque les sociétés. Quelques unes opposent une résistance acharnée à cette "dérive". La résistance passe dans le droit: l'enfant obtenu par cette méthode peut être considéré comme "nul et non avenu". Il ne peut être enregistré à l'état-civil, recevoir un nom et un prénom, une filiation avec le ou les adultes qui font valoir un acte de naissance établi dans le pays qui a toléré le moyen.

Notre droit dit: "je ne veux pas le savoir". Le procédé est interdit, l'enfant n'existe pas. Aucune nomination, aucune filiation légale ne peut avoir lieu. Non, bien sûr, il ne lui est rien reproché. Mais, toujours, "parce qu'il n'existe pas". C'est d'une absurdité kafkaïenne sur laquelle certains législateurs voudraient bien se pencher, tandis que d'autres se crispent dans le déni. Il a fallu que la CEDH soit "interpellée" et condamne la France, pour qu'on entrevoie une solution légale à cette grave question. Elle consistera, forcément, à admettre que l'enfant ne choisit pas ses concepteurs et le moyen de conception. Sitôt la fécondation réalisée, le futur enfant démarre sa construction, devant être abritée et assistée pendant neuf mois dans le ventre d'une femme. Qui peut n'avoir aucun lien "biologique" avec lui. La nature accepte ce type d'arrangement. 

Il n'est apparemment pas impossible qu'une femme accepte en toute conscience, sans "état d'âme", ce "marché". Il y a entente sur la "chose" et sur le "prix".

Par ma profession, j'ai été témoin de cette mutation de notre société. De devoir, ou de "péché", la conception est devenue un droit (des femmes, d'abord). Le renforcement progressif de ce droit a conduit à la Procréation Médicalement Assistée, dont la société doit assumer le prix.

La "grossesse par autrui" est peut-être une limite infranchissable pour notre société, mais nous ne pouvons pas imposer notre vue au delà de nos frontières. Et nos frontières ne sont plus étanches. 

Alors, qu'on poursuive les parents, et les sanctionne d'une amende, mais qu'on accueille les enfants comme des sujets en devenir, et non comme porteurs, à leur tour, d'un "péché originel aggravé"!

Sceptique