C'est le compte-rendu d'une étude rassemblant des résultats collectés en Europe et en Amérique du Nord, lue dans La Presse, de Montréal, qui me suggère une réflexion sur cette question.

L'existence de criminels d'une particulière violence, d'une obstination dans la conduite criminelle étonnante, malgré l'accumulation de peines de prison qui accaparent l'essentiel de l'existence d'un homme (habituellement), posent la question d'un "atavisme", d'une détermination génétique, imposant à un sujet cette déviance irrépressible.

Dans les sociétés modernes, ce sont les psychiatres qui sont invités à répondre à cette question, en plus de bien d'autres. La psychiatrie française, peut-être marquée par les abus de ses débuts (théorie de la dégénérescence), s'est crispée longtemps sur l'exclusivité d'une détermination "psychogène" des troubles mentaux, alors que les autres psychiatries laissaient ouverte la question d'une prédisposition organique. En l'absence de préjugé défensif, il parait évident que certaines pathologies, repérables dans une famille, ont au moins une prédisposition, en raison de leur fréquence. Il est non moins évident que tous les membres d'une famille ne sont pas atteints, et, quand ils le sont, c'est de manières et de gravités différentes. L'héritabilité, quand elle peut être soupçonnée, n'est pas dominante, mais pas davantage "récessive", mettant en cause la réunion dans une lignée de deux gènes homologues récessifs. La distribution parait aléatoire, l'expression clinique semble résulter d'une susceptibilité, révélée par un événement existentiel.

En matière de pathologie mentale, il n'a pas été démontré l'existence de pathologies transmises sur le mode dominant. Il ne semble s'agir que de fragilités, de prédispositions, révélées par une situation traumatique brutale, ou modérée, mais prolongée, répétée.

L'étude qui a attiré mon attention avait pour objet la violence criminelle récidivante et systématique, et sa corrélation avec des modifications de certains gènes. Mais elle souligne que des porteurs de ces modifications sont parfaitement sains, mentalement, et moralement. La protection est elle, elle-même, "génétique", ou "environnementale", au sens large?

En ce qui concerne les pathologies mentales sérieuses, invalidantes et pertubatrices de tous les rapports, sociaux, familiaux, professionnels, ma conclusion est, depuis longtemps, que l'anomalie génétique ne détermine pas, mais permet, comme un point faible.. J'ajoute: l'événement déclenche, la culture* donne la forme.

Ne pourrait-il pas en être de même pour la disposition au crime, dans ses formes les plus graves, qui donnent souvent le sentiment que les conditions de l'enfance, de l'éducation familiale, ne semblent y être pour rien? 

Y a-t-il un risque à explorer cette voie, pour la connaissance approfondie des cas graves, voire ,gravissimes? Des levées de boucliers seront possibles. On sait déjà, pourtant, qu'elles ne devront pas influencer les sanctions et les mises hors d'état de nuire.

Sceptique

*Le sentiment de culpabilité qui a accompagné l'homme occidental pendant des siècles donnait sa forme, auto-agressive, à la mélancolie, trouble de l'humeur décrit par Hippocrate, et considéré par la psychiatrie comme héritable. Le suicide, pour soulager le monde de sa présence, en était souvent la conclusion. L'affaiblissement de ce sentiment de culpabilité, sa "projection"sur "les autres", a donné un aspect paranoïaque au rapport du malade en crise avec ces "autres". D'où l'apparition de ces massacres, favorisés par la possession d'armes à feu, aux États-Unis, puis, par mimétisme, en Europe, dans des cas particuliers de disposition d'armes à feu (De la mélancolie à l'Amok).