C''était évidemment une nouvelle forme de siège, exprimée en anglais par "seat in", où les assiégeants sont à l'intérieur de la place à assiéger, pour y empêcher la vie normale des indigènes. L'équivalent d'un versement de sucre en poudre dans le réservoir d'une voiture.

Soucieux de paix civile et d'ordre public, l'État a pris toutes les dispositions pour séparer les cow-boys et les indiens*, et donner le temps à la justice d'arbitrer le conflit, et aux politiques de revoir posément l'objet de la polémique, d'en trouver un autre qui satisfasse les deux parties.

"Force doit rester à la Loi" est encore le principe directeur de notre République. Mais en l'occurrence, c'est le fondement de la loi qui est contesté par les assiégeants. Ils ne reconnaisent pas la République comme source de la Loi. Ils s'auto-déterminent eux-mêmes comme seule source légitime. Donc le droit est pour eux. Pas pour les propriétaires des terres, et leurs soutiens politiques locaux, formant le Conseil Général du Tarn.

Les assiégeants ont bien dit et redit que leur exigence était qu'il n'y ait aucun barrage, aucune retenue d'eau. L'eau est au peuple, le peuple, c'est eux. Les agriculteurs n'ont aucun droit.

Lassés de voir leurs terres occupées, les dits agriculteurs sont venus encercler les assiégeants pour interrompre leur ravitaillement. Ils n'ont pas, au vu des reportages diffusés, agressé physiquement les occupants de leurs terrains. Par contre, les reportages faisaient état de l'envie d'en découdre des "zadistes". Pas avec les gendarmes, mais avec les agriculteurs. Les gendarmes,  heureusement, s'interposaient activement entre les deux camps.

Privés de ravitaillement, les plus modérés ont quitté les lieux rapidement, tandis que les plus durs se barricadaient, ou s'installaient dans les arbres. Un arrêté d'expulsion des occupants ayant été publié, l'évacuation par la force des derniers "zadistes" a été réalisée. Ils se sont tous retrouvés dans la ville voisine de Gaillac, pour y manifester contre la décision attendue du Conseil Général du Tarn. Auquel était proposé, par la Ministre de l'environnement, un projet moins ambitieux, mais pouvant satisfaire les demandeurs.

Aux dernières nouvelles, de cet après-midi, les opposants à tous travaux hydrauliques au profit des agriculteurs ont manifesté dans les rues de Gaillac, s'opposant aux forces de l'ordre.

Un fait répétitif caractérise l'histoire de nos sociétés depuis l'après guerre 39-45, la fascination des jeunes pour les totalitarismes révolutionnaires. Le communisme stalinien d'abord, le maoiste, ensuite, puis, toujours par dépit, le trotskisme. Un vide idéologique plutôt long a suivi, jusqu'à la montée en puissance de l'idée écologiste d'une nuisance globale des technologies, modifiant le climat par la production de CO2, résidu de l'énergie thermique, et empoisonnant l'environnement par l'utilisation  de divers produits chimiques, soit contre les ravageurs des cultures, soit pour la conservation des aliments, soit, enfin, pour la prévention ou le traitement des maladies humaines.

Le besoin de passion caractérise l'humanité. "Elle" est plus séduisante, plus puissante, que la raison. Sa vanité n'est pas évidente tout de suite. De nos jours, pour certains, c'est la religion qui en fait office, qui permet de se fabriquer un destin. Le besoin de croire l'emporte nettement sur le besoin de savoir. Les conflits internationaux étant, heureusement, devenus "tabou", il n'est plus possible d'aller "mûrir sur les champs de bataille" (Bonaparte).

Mais les trente ans passés, les effectifs des acharnés ont fondu, les démobilisés affrontent la réalité, particulièrement décevante en France. Comment choisir entre les multiples Yakas? Être un ancien combattant d'une cause quelconque console peut-être de la réalité.

Sceptique

*L'attribution des rôles est libre.