Maintenant que François Fillon semble bien installé sur la voie qui conduit à la Présidence de la République, avec tous les pouvoirs associés à cette fonction, les directeurs de conscience épluchent ses propos, évaluent ses intentions.

Deux points d'attaque sont privilégiés. Le premier est sa personne, son origine bourgeoise de province, son appartenance à la religion catholique, le soutien qu'il reçoit de cette communauté encore influente dans les provinces du grand ouest. L'insistance sur cette appartenance débouche sur l'hypothèse d'un recul sur la laïcité au détriment des agnostiques et des athées. Sa critique de la loi Taubira, sur la question de l'adoption pleinière permise aux couples homosexuels, est mise sur le compte de sa fidélité religieuse, alors qu'il s'appuie sur le droit, théorique, d'un enfant adopté à connaitre sa filiation réelle. Que cette connaissance soit rarement satisfaisante et apaisante n'est plus un argument opposable à cette requête*. 

Le second est le programme économique qu'impose logiquement notre situation réelle : effondrement de notre industrie et chômage de masse, inflation des besoins de l'État et des collectivités locales, dont les principales occupations sont les contrôles des activités économiques restantes, en amont (droit du travail), et en aval(ponctions sur les résultats). Ces ponctions, nettement plus lourdes que chez nos concurrents, ne suffisent plus à alimenter le budget de l'État et des collectivités locales, dont la dette pourrait devenir réellement insupportable si les intérêts, actuellement très bas, se remettaient à grimper.

À la suite de la crise financière de 2008, alors que les états les plus pauvres de l'Union Européenne se sont contraints à une austérité rigoureuse, à peine assouplie, ,huit ans plus tard, la France n'a fait aucun effort de réduction de sa dépendance envers la finance internationale, heureusement d'une confiance étonnante, associée à des intérêts très faibles. Nous vivons donc "à crédit", notre déficit dépasse régulièrement les 3% admis par l'Union Européenne. Nous payons les intérêts, mais ne remboursons jamais une fraction du principal. La solution de l'augmentation des impôts est catastrophique sur les résultats des élections! 

Ça vaut aussi pour la droite, qui la juge comme une facilité déplaisante, mais s'y résout. L'inflation de la dette ne l'est pas moins, mais elle ne fait pas crier les électeurs! En même temps, il est aussi périlleux d'annoncer un programme d'économies, car la dépense n'est pas perdue pour tout le monde, et ceux qui en vivent, en tirent profit, en exigent le maintien.

Le poste "personnels" étant un des plus gros, mais des plus "sensibles"du budget de la Nation, il est considéré comme téméraire, voire, "impossible", par tous les gouvernements et leurs défenseurs, de le réduire.

Il faut vraiment que le peuple français en ait pris conscience et s'en inquiète, pour se tourner vers un candidat qui se prononce franchement pour une réduction drastique des effectifs de la fonction publique. Il n'est, bien sûr, pas question de licencier des agents, comme ça s'est fait ailleurs, en Europe, mais, seulement, de ne pas remplacer tous les partants en retraite.

C'est ce qu'ont fait Sarkozy et Fillon entre 2007 et 2012, allégeant les effectifs de quelques centaines de milliers. La méthode est indolore, elle n'a entraîné aucune grève paralysante. Ce sont d'autres économies qui les ont provoquées.

Cette fois-ci, le sacrifice a été chiffré: 500.000 postes supprimés en cinq ans, par non remplacement des retraités, et quelques contrats résiliés. Les conséquences sur le fonctionnement des services sont subjectives. Les attentats de 2014, 2015, et 2016 ont été "en partie" attribués à ces baisses d'effectifs.  Chaque attentat, s'il s'en commet encore, sera porté au débit du Président**.

Les coups rendus aux terroristes sont l'effet du courage et de l'entrainement de nos policiers, pas de leur nombre. L'effet de surprise, condition essentielle pour les terroristes, surtout pour les premiers attentats, est imputable à une baisse de la garde, "normale" en absence d'alertes. Après, il s'agit d'attentats-suicide, oeuvres de fanatiques . La vigilance doit se porter plus en amont. On ne peut rien reprocher au Ministère de l'Intérieur et à ses forces, ni au passé, ni au présent, et sûrement pas au futur.

Les millions de chômeurs, victimes de notre perte de compétitivité, ne pourront se réduire que par une amélioration de la situation de notre économie marchande, de notre production manufacturière et de nos services, mais sans renoncement aux progrès technologiques, permettant une réduction de main d'oeuvre. Il vaut mieux augmenter le nombre d'entreprises modernes et performantes, que maintenir à grand prix des usines dépassées. Ce n'est pas évident pour tous les acteurs de la filière, et c'est ce qui freine le vrai traitement, à la source, du chômage.  

Ça devrait être un principe, pour tout le monde, de respecter le choix démocratique des électeurs, de ne pas crier avant qu'on puisse évaluer les résultats de la politique décidée par les élus. Bien sûr, il est possible de prévoir l'échec si la méthode choisie est réputée inefficace ou nocive. Mais il y a un avantage pour les parties de le constater en même temps.

Le prochain Président de la République ne sera pas François Hollande, même s'il en rêve, comme la rumeur le répète. L'échec global de son quinquennat a déjà réduit sa popularité à pas grand chose. Il imagine, parait-il, se retrouver au deuxième tour avec marine Le Pen, et bénéficier du front républicain. Alors que les sondages sont logiquement annonceurs d'une élimination au premier tour. 

On ne l'accusera pas de l'échec annoncé de la gauche, mais, vraiment, un peu de dignité finale ne lui fera pas de mal.

 Sceptique

*L'esprit de la Vème République, sinon la lettre, fait du Président de la République l'unique responsable de l'échec global de son mandat, et même des échecs particuliers.

**Il en sera de même pour ceux qui lui succcèderont.