Je ne suis pas inquiet de la passion qui a saisi notre société, et dont l'objet est double: rabattre la domination, de fait, des hommes, majoritaires dans les couches dirigeantes, les plus instruites, les plus proches du pouvoir, et promouvoir activement l'égalité des femmes, par un choix hors compétition,un "numerus clausus".

J'ai toujours attribué, et je ne change pas d'avis, cette inégalité, à l'instinct de compétition présent dans la mentalité masculine, quel qu'en soit l'objet, force physique pour commencer, sélection par les femmes à l'âge de l'accouplement, sélection par les pairs à celui de la prise de pouvoir. À propos de ces "objets", l'homme affirme son droit, et n'a de cesse que de les conquérir.

Pendant des millénaires, les sociétés humaines ont existé selon ce principe, et les femmes devenues puissantes  tenaient toujours leur pouvoir d'une circonstance exceptionnelle. Héritage, décision du père, régence prolongée du fait de la faiblesse de l'héritier. D'une manière générale, donc,ces femmes tenaient leur puissance d'un homme, qui les avait préférées, désignées. Ce "coup de pouce" était le fait déterminant, et l'ordre général de la société en question n'en était pas modifié.

L'auto-critique, par les hommes, de leur société qui, pourtant, les avantageait, est un trait particulier de la société occidentale. Dans un premier temps, elle a fondé l'égalité, au moins formelle, des hommes, et dans un second temps, du fait de leur accès aux études et aux métiers à responsabilités, elle leur a reconnu, "en trainant les pieds", une égalité des droits, puis, des chances, d'accès à toutes les responsabilités.

L'inégalité résiduelle a d'abord pour raison la volonté d'exercer leur pouvoir d'enfanter, ce qui nécessite une interruption de leur carrière, mais aussi de privilégier le devoir, au détriment du pouvoir.

Une autre dimension, "ordinaire", qui les sépare des hommes, mais aussi les handicape dans la compétition sociale, est celle de la sexualité, très "conditionnée" par l'éducation, la pression de la société, dont la première étape est la famille. Schématiquement, l'homme prend la place de désirant, et affecte aux femmes celle de désirées. Ce clivage est très fort, s'impose au moins comme "naturel" dans notre culture. On constate, en tout cas, que le choix de femmes d'inverser les rôles, les stigmatise et ne fait pas leur bonheur , quand il ne les mène pas en prison!

En même temps, comme dirait notre Président, une stigmatisation inverse est promue. Les hommes  ne devraient plus afficher leur désir, le mettre en mots, et surtout pas en actes. Mais alors, ils font quoi? Se mettent des oeillères, un baillon? Qu'y gagnerait la vie sociale?

Le retard que prennent la définition des actes répréhensifs, et la révélation des abus, au moment même où la société passe d'une assez longue phase de libertinage à une cure de pruderie, aboutit à des condamnations sans prescription, et sans circonstances atténuantes. Nous allons vers des sexes radicalement séparés et opposés, une castration "sociale" des hommes, une abstinence bienséante des femmes, caractéristiques des sociétés austères.

On m'objectera les abus, de temps en temps criminels, des hommes obsédés. C'est effectivement un problème des sociétés humaines. L'accès à la satisfaction des pulsions sexuelles est de plus en plus inégalitaire*, et la cause est plus souvent individuelle que sociale. Les hommes frustrés se vengent par le crime.

Il semble que les sociétés qui s'interrogent sur elles-mêmes, qui cherchent le bon équilibre, le respect absolu de chaque individu vulnérable, plus souvent une femme qu'un homme, aboutissent toutes à l'évidence d'une répression de la part masculine, d'où proviennent les incidents les plus nombreux et les plus graves. Elles font donc le choix de la seule répression du désir masculin, ce qui les dispense de mieux préparer les femmes à l'autodéfense, individuelle et sociale.

Nous entrons donc dans une phase de répression ciblée sur le sexe masculin, le plus clairement concerné. Auquel succèdera, assez rapidement, un "ennui collectif" féminin, et des accrocs à ce nouveau contrat social**.

Sceptique

*La répression de la prostitution, frappant, par solidarité féminine, les clients masculins, est un facteur de cette inégalité moralement correcte.

**Je m'interroge sur la proximité de cette évolution avec le succès, "féminin", de l'ouvrage érotique (oeuvre d'une femme) "Les cinquante nuances de Grey".