Malheur à ceux par qui le scandale arrive!

Personne ne démord de ce jugement: les banquiers et leurs armées de "traders" nous ont entraîné dans ce qui a bien failli être une banqueroute générale.

Aucun gouvernement au monde n'a eu le choix: ils ont tous remis debout LEUR système bancaire. Le peuple furieux suggérait de les lyncher. Les hommes politiques les ont couverts de leur corps.

Et maintenant? Comme les débris de balai dans "L'apprenti sorcier", les banquiers remis sur leurs pieds et pourvus d'une dot se sont remis à bouger, à marcher, à faire leurs comptes, recouvrir des créances, payer leur dettes, faire leurs bilans. Quand de l'argent rentrait, qu'en faire?

Pendant des années les banques gagnaient leur vie à faire fructifier à leur profit une partie de l'argent déposé par leurs clients. La manière la plus sûre, la plus rentable, consistait à prêter à très court terme cet argent à d'autres clients qui n'en ont besoin que pendant quelques heures, entre le règlement urgent d'une dette et celui d'une créance. Ce procédé est toujours en vigueur, mais il n'est plus suffisant dans une compétition qui vise au toujours plus.

Le développement de l'informatique a introduit un nouveau facteur, la rapidité de la communication entre machines, les ordinateurs, qui "comprennent" en temps réel les ordres transmis à la vitesse de la lumière. Il suffit qu'à chaque clavier d'ordinateur, des hommes et des femmes, alliant la dextérité du maniement à la vitesse de jugement des variations possibles d'une valeur, pour que les plus malins, achetant avant la hausse, et vendant avant la baisse, fassent au profit de leur banque quelques centimes d'euro de bénéfice par titre, multiplié par quelques milliers de vendus ou d'achetés. Il n'y a eu aucun transfert de billets de banque ou de virements de compte à compte. En quelques minutes, l'actif de la banque avait grossi d'un gros paquet d'euros, ou de dollars. Ou maigri, quelquefois. Ce monopoly se renouvelant 24 heures sur 24, une tendance haussière des marchés divers: bourse, monnaies, matières premières, se traduisait par de coquettes sommes. Un trader habile, cela vaut bien un footballeur qui marque des buts. On le paye bien.

Évidemment, si le marché se retourne, si la tendance se fait baissière, il n'est possible que de limiter les pertes en vendant le plus vite possible, avant les autres. De grosses pertes sont inévitables. Tout le talent des traders est de les limiter, de ne pas atteindre l'assèchement complet des réserves de la banque.

Alors, le monde de la banque a courbé l'échine, a tendu la main, en creux, ouverte vers le haut. Et il a "remercié" ses traders, même les meilleurs.

L'humanité est une espèce vivante, je pense que personne n'en doute, et quand le malheur est passé, les victimes se raniment, et reprennent à leur échelle les activités qui leur permettaient de gagner leur vie, pour eux et leur famille. Nos sociétés modernes sont fondées sur les échanges. Il faut donc leur redonner vie. La monnaie est l'instrument de toute transaction. L'argent se remet à circuler de mains en mains, de comptes en comptes. La survie de chacun est utile à la survie des autres.

En un temps qui comparé à la durée d'autres crises, est un record, l'économie mondiale donne des signes concrets de reprise. La masse d'argent circulante augmente, fait des passages obligés par les banques, dont les ordinateurs sont mis à chauffer. Il faut rappeler les traders, s'assurer les services des meilleurs . Les reprendre au SMIC? Qui pourrait y penser sérieusement? Il y aura toujours un banquier qui ne jouera pas le jeu et fera un pont d'or.

La liberté n'a pas de prix, mais elle a un coût. À part le programme radical de Besancenot pour une France cernée par trois rangs de barbelés, il n'y a pas grand choix. La restauration de l'économie fera plus d'heureux que de malheureux, les rancunes s'apaiseront. Il faudra bien lâcher la bride aux prestidigitateurs des salles de marchés. Leurs employeurs s'arrangeront avec eux. Le fisc récupérera une partie de leur bonus (au SMIC, ils ne seraient pas imposables!).

Sceptique