Dans toutes les sociétés du monde, alors qu'elles constituent la moitié des effectifs de l'espèce humaine, et qu'elles sont, de plus en plus souvent, électrices, à égalité avec les hommes, elles sont en nette minorité au sommet de la classe politique, mais aussi bien de l'Université, du management industriel, des affaires..

Au point que dans certaines sociétés modernes, une discrimination positive masquée, la parité, tente de corriger ce handicap social et politique. Dans les meilleurs cas, le résultat n'est jamais que partiel. Dans les têtes et les coeurs des citoyens, qui s'expriment par leur vote, mais aussi, maintenant, par leurs commentaires lâchés sur Internet, afin que nul n'en ignore, "ON" est très loin du compte. La méfiance est coriace, les sarcasmes s'y déchaînent.

Il y a un cas de conscience pour chaque électeur. Choisir selon sa raison, son évaluation des capacités, du caractère, des idées de la postulante à un mandat électif, et, parfois, contrarier le voeu, ou l'obligation, de ceux qui ont placé cette femme en tête d'une liste, ou l'ont désigné pour un siège précis, accessible par un scrutin uninominal, à un ou deux tours, Au regard d'un principe de parité, le doute est-il autorisé? Et, inversement, choisir une femme parce qu'elle est une femme, ou un homme, parce qu'il est un homme, est risqué, et absurde.

C'est un article du "Monde" (20 Juillet 2012, p.4, International), qui me ramène à cette question. Il est question de Madame Yingluck Shinawatra, Première Ministre du gouvernement thaïlandais, attendue en France pour un voyage officiel. Un commentaire est visualisé en milieu du texte (j'ignore le terme professionnel en usage). Ce commentaire dit:"Elle joue de sa féminité de manière intolérable en politique!" C'est signé Ing Kanjavanit, Réalisatice. Soit, une femme, également thaïlandaise.

Il m'est arrivé d'écrire, à diverses reprises, à propos de femmes engagées en politique, qu'il leur fallait forcer jusqu'à la caricature leur potentialité masculine, que ça ne les rendait pas spécialement agréables d'aller contre...les autres références féminines*. Mais, dans le monde au milieu duquel elles vivaient, ce travestissement leur était indispensable.

Alors, attaquer cette Première Ministre thaïlandaise pour fidélité à sa nature, ne pouvait que m'intriguer. 

En fait, cette femme n'avait pas d'ambition politique personnelle. Elle s'est trouvée portée au sommet de son parti à la demande de son frère, Thaksin Shinawatra, chassé du pouvoir par la force, et menacé d'un procès pour corruption. Exilé pour se mettre à l'abri de ce procès, il a demandé à sa soeur de se présenter à sa place, et ce fut un succès. Elle est évidemment accusée, sans aucune preuve, d'être téléguidée par son frère, réfugié à Dubaï. Elle s'en défend, bien sûr, mais la calomnie tient bon.

Elle représente les classes paysannes de l'intérieur du pays, tandis que ses détracteurs sont la bourgeoisie, l'aristocratie, et la caste militaire. Son aventure ressemble beaucoup à celle d'Éva Peron dans l'Argentine des années 1950-1960 . Mais avec l'usage, selon elle, des bonnes manières envers ceux avec lesquels elle doit travailler. Elle tient bon face aux critiques acerbes et humiliantes, qui mettent en doute à tout instant son intelligence et ses connaissances. 

On connait!

Apparemment, son charme, sa douceur, en imposent aux rudes militaires, que la tentation du coup d'état ne démange pas...jusqu'à ce jour.

Que va-t-elle faire après avoir rencontré nos "huiles"? Du "shopping" répond-elle avec un grand sourire (au journaliste, un homme)! Lors de son passage à Paris, étape de sa tournée en Europe, Éva Peron dévalisa (au figuré) les boutiques parisiennes.

Ce sera bon pour notre économie!

Sceptique

*Comme Socrate, je tiens d'une femme (hélléniste) cette vérité profonde: chaque femme se réfère aux trois déesses de la mythologie grecque (reprise par la romaine): Aphrodite, déesse de la beauté et de la fonction amoureuse, Héra, de la maternité, Athéna, née directement du corps de Zeus, représentant les potentialités masculines de la femme. En face, l'homme a un destin unique: "Il n'est pas sans l'avoir"(Le phallus) (Jacques Lacan).