En pleine préparation du "mariage pour tous", c'est à dire l'extension de cet acte d'état-civil aux homosexuels, l'Église catholique donne de la voix. Le mot "mariage" étant commun à la religion et au langage laïque, l'Église en défend la version sacrée (par elle), exposée à la confusion.

D'un côté, il est ridicule d'en faire le reproche à l'Église, qui fonctionne selon la logique crée par la foi, de l'autre, il est imprudent, pour ne pas dire plus, de faire comme s'il n'existait plus de fidèles catholiques en France. "Vous aurez juridiquement tort parce que vous êtes politiquement minoritaires", constitue le credo de la gauche au pouvoir. 

Il est hautement probable que cette "réforme" passera, car son assise parlementaire est solide. Le scrutin majoritaire a du bon, quels qu'en soient les bénéficiaires. Le mauvais usage qui en sera fait sera sanctionné par les électeurs.

Mais pendant que la gauche laïcisante fait son bras-de-fer avec l'Église politiquement minoritaire, un troisième larron parait susceptible de tirer profit de l'intolérance religieuse diffuse de la société française, l'islam.

C'est ce qui ressort des observations d'un sociologue français, Hugues Lagrange, qui ne se sert pas des oeillères, que, par convenance, ses collègues politiquement corrects ne laissent pas dans leur poche. Lui, intègre dans ses descriptions la religion, dans sa fonction identitaire individuelle et collective. Ce qui lui permet d'observer que dans les quartiers devenant homogènes au profit de la population immigrée musulmane, la pratique religieuse se renforce chez les jeunes adultes désirant entrer dans la vie du même nom. Ils trouvent dans leur religion des normes rassurantes, qui renforcent et valorisent leur renoncement à celles qu'offre la société européenne, séparant la religiosité de la liberté individuelle, égale pour les deux sexes. Là réside la différence fondamentale entre deux religions d'âges et d'histoire très différents. À la tiédeur des convictions morales de la majorité des "souchiens"* répond la ferveur des convictions et des pratiques des musulmans.

La tiédeur religieuse de ceux qui se disent encore chrétiens (en France!) a ses raisons. Le doute sur la réalité des présupposés religieux atteint un niveau élevé, qui ne laisse une petite place qu'à un conformisme socio-familial ("on" se marie à l'église), et à une assurance-éternité ("on" se laisse enterrer, ou incinérer, de la même manière). Pour d'autres raisons, quand on peut, on confie ses enfants à l'école libre. Inutile d'ajouter que cette tiédeur n'est pas inconfortable, et qu'il ne plairait pas à cette majorité d'être supplantée par de nouveaux maîtres lui imposant de vivre en conformité avec des règles religieuses nouvelles.

Cette inquiétude me semble à l'origine de l'islamophobie, très répandue en France. L'ardeur religieuse musulmane, même pacifique, crée chez les témoins tièdes ou athées une gêne, faite de culpabilité et d'inquiétude. Les outrances exprimées librement ou presque par les islamistes divers avivent cette hostilité en retour. Les passages à l'acte, au nom de l'islam, des terroristes, que ce soit en France, rarement, ou à l'étranger, spécialement en terres d'islam où ils expriment leur insatisfaction de ce que le règne de la religion ne soit pas total, crée une méfiance irréductible: croyants tièdes ou athées ne croient pas à l'existence d'un islam "modéré". Ce n'est, à leurs yeux, qu'un état temporaire.

Ce constat d'un renforcement de la pratique islamique au sein des "kystes" de population musulmane qui se forment dans les cités à forte concentration, est cependant compensé par celui d'une "normalisation", selon nos désirs, de ceux qui peuvent s'intaller dans les bons quartiers, à population bien mélangée, mais aussi d'un bon niveau de revenus. C'est le cas également des familles mixtes, dont l'un des conjoints n'est pas musulman. Pour ne pas se déchirer, il n'y a qu'une solution, mettre un mouchoir sur ses convictions, qui finissent par s'anémier

On entrevoit les orientations politiques recommandables à partir de ce constat: veiller à ce que les jeunes des quartiers soient le moins possible handicapés par leur origine. On sait que ce n'est pas le cas, et une récente émission sur la chaine parlementaire m'a appris que les avis négatifs des enseignants exerçant dans ces quartiers contribuaient pour beaucoup aux "conduites d'échec" de leurs élèves. Une préparation particulière des enseignants affectés à ces quartiers ne serait pas inutile. Une discrimination positive pour certains emplois "marchepieds" est une voie à étudier. La mixité sociale doit être facilitée.

Le libre arbitre constitue la voie unique vers la liberté de conscience, alors que les sentiments de rejet, d'hostilité, d'injustice, ne peuvent que renforcer le repli identitaire vers la communauté. Tous les états, toutes les puissances politiques, qui ont voulu réduire par la violence les religions se sont "cassé les dents". Les religions contiennent leur dose de violence, sur les esprits, sur les corps. Dans leur période triomphante, cette violence est insupportable. Elle se mue, en cas de persécution, en force militante, en aptitude au martyr. 

Sceptique (à partir du supplément Culture & Idées du "Monde daté du Samedi 3 Novembre 2012)

*"souchiens": pour "français de souche" comme l'administration les a désignés, par opposition à "issus de l'immigration". Le mot "souchiens" a été inventé par une militante immigrée. Il a été entendu "sous-chiens" par des xénophobes susceptibles.