Non, je ne me rabats pas, faute de matière ou d'inspiration, sur une rubrique culinaire. 

C'est le propos, d'un humour involontaire, d'une des futures victimes du marché de dupes qui se prépare dans la banlieue industrielle de Rouen, autour de la dépouille de Petroplus. "On court après un lapin", dit cet homme, "il nous échappe, et il faut qu'on en cherche un autre"*. Il est sincère. Le lapin est plus facile à attraper qu'un pigeon, et il y a plus à manger. Mais, aussi, un lapin, ça se pose. Les promesses écrites à l'encre sympathique, ça se fait, aussi.

On ne peut pas reprocher à des gens qui font un métier depuis vingt ou trente ans de ne pas dévorer la rubrique "économie" de leur journal, en supposant qu'il, le journal, perde du temps et de l'argent à en faire une. La passion de l'ignorance en la matière est nationale.

Mais il y a en France des gens qui sont payés pour ça: observer les évolutions économiques et prévenir les braves gens des tempêtes qui peuvent les toucher. Parmi eux, les politiques professionnels, et les syndicalistes professionnels. Il se trouve, qu'actuellement, ces deux catégories prétendent qu'il va faire beau temps sur Rouen, que le pétrole va couler à flots dans les réservoirs de la raffinerie, et qu'il ne restera plus qu'à en faire de la bonne essence**.

Comme je ne les soupçonne, ni les uns, ni les autres, d'être illettrés , j'en déduis qu'ils mettent sous leur coude la vérité: les vilains producteurs de pétrole brut, voulant gagner encore plus d'argent, investissent celui qu'ils ont déjà, dans l'industrie du raffinage, afin de profiter de la plus-value de l'opération. Ils vendent des produits finis, à meilleur prix que le brut, mais aussi à un meilleur prix que ne peuvent obtenir les raffineurs des pays clients, à partir d'un brut grevé de ses frais de transport, et transformé par des ouvriers mieux payés que ceux du pays exportateur.

Pourquoi ce mensonge délibéré, accordé sans scrupule à ceux qui en demandent plus encore? Du côté des politiques, c'est clair: ne pas perdre la figure. Du côté syndical, on ne peut que s'en tenir à la lettre de leurs discours enflammés***: le désastre économique et social doit conduire à une révolution, dont ils sauront quoi faire. Leur Vérité triomphera de la fiction à laquelle une majorité de crétins s'accroche: retrouver la croissance et la prospérité, avec la liberté en prime.

Eux, ce qu'ils ne lisent pas, c'est la rubrique géo-politique. 

Sceptique

*Images et propos passant en boucle dans les bulletins d'information des télévisions.

**Les administrateurs judiciaires de l'entreprise Petroplus n'ont pas caché leur incrédulité face aux cinq dossiers présentés. Mais le Ministre jure que deux d'entre eux sont valables. Il a même promis, un instant, un gros chèque de l'État, mais le coup de règle sur les doigts a du arriver vite.

***Les plus excités attirent les journalistes, comme le sucre, les mouches. Mais leurs "chefs" se taisent. "Qui ne dit mot consent." Vrai? Ou non?