La France est un pays très conservateur. Aucune question sur l'utilité sociale d'une marque du passé n'est acueillie par un silence. Au contraire, des foules que la question n'empêchait pas de dormir, avant d'être posée, deviennent insomniaques dès quelle a été jetée en pature.

Ainsi de l'enseignement du latin, passé de l'indispensable pour beaucoup de familles il y a soixante-dix ans, à l'inutile pour la même proportion, ces dernières années. 

Mais comment priver les lauréats de l'École Normale Supérieure, et ceux du concours de l'agrégation de lettres classiques, de leur utilité, si on prend acte de la raréfaction des demandeurs? 

Déjà, le nombre de postes offerts à l'agrégation de lettres classiques est devenu très faible. Tout en restant très difficile, car la compétence en ces matières ne peut être relative. J'ai appris, il y a quelques jours, que tous les postes offerts ne pourraient être pourvus, car le nombre de candidats admissibles était inférieur au nombre proposé.

Nous traversons des années de vaches maigres de plus en plus maigres, mais le culte des vaches grasses n'en est que plus intense. De grands cris s'élèvent pour que la ration des vaches soit de plus en plus fournie, au besoin en affamant les autres espèces, en particulier l'animal humain*.

J'appartiens à la génération encore gâtée sur ce plan des "humanités" (ce qui exclut une bonne partie de la population de la terre), et pourtant, maintenir leur enseignement à tout prix pour quelques escouades d'élèves n'est pas la bonne solution. Quelle pourrait être une meilleure? La formule du conservatoire offert aux passionnés, là où il est fortement demandé, sera une solution. Les Universités disposeront toujours de chaires entretenant la flamme de la connaissance et de la recherche. 

Mais raconter que la disparition de l'enseignement du latin et du grec dans les collèges serait une atteinte à l'égalité, est se moquer du monde....d'aujourd'hui, où ces études constituent précisément une revendication d'inégalité, symbolique, au moins. Elles n'ajoutent aucune chance particulière à personne**.

Pour d'autres, c'est un casus belli en direction de la belle enfant qui a la charge de dresser le mammouth. Chercher à le faire maigrir est tout simplement anticonstitutionnel, tout le monde est d'accord.

Sceptique

*Par une taxe à l'instruction ajoutée, proportionnelle au X de "bac + X"

**Ayant étudié, en amateur, par pur plaisir, la langue portugaise, très proche de la nôtre par sa syntaxe et sa grammaire, j'ai le sentiment d'avoir re-découvert le français, souvent très mal justifié. Le "c'est comme ça et pas autrement" n'est pas réservé aux casernes!