Les charlatans ont toujours existé. Ils se substituaient aux impuissances de la société, promettant "leur" solution, là où il n'y en avait pas.

Lorsque j'ai commencé mes études de médecine, la pénicilline et les antibiotiques, obtenus par la même méthode, avaient bouleversé la pathologie infectieuse, et sauvé des millions de vies. Un bastion leur résistait: la tuberculose. Les charlatans prospéraient sur ce créneau, proposaient des traitements-miracles, et ameutaient l'opinion, accusant la médecine "officielle", qui leur refusait l'agrément, de protéger son "système", fait de sanatoriums rapportant gros.

Trois médicaments efficaces apparurent coup sur coup, et en quelques années, le temps de guérir les malades, les établissements spécialisés se vidèrent, leurs propriétaires furent obligés de les reconvertir en maisons de convalescence et de repos, ou en services de rééducation des accidentés, comme à Berk.

Les "vaches maigres" des charlatans durèrent longtemps. Mais depuis quelques années, ils ont de nouveau le vent en poupe. Pourquoi?

Ils ont changé d'argument. Ne pouvant plus faire valoir qu'ils peuvent faire mieux que ce qui n'existe pas, ils prétendent faire moins mal que ce qui existe. La peur de ce qui existe est leur trouvaille. Des incidents, ou des accidents, provoqués ça ou là par des médicaments ou des vaccins agréés, sont dûment signalés, et donnent lieu à des mises en garde, à des retraits, parfois, à des procès, aussi.

"Primum non nocere", ce principe de base de la mécecine est toujours pertinent, et une population qui ne craint plus rien, dont le bonheur de vivre n'est brisé que par des accidents et par le cancer, qui a profité de l'allongement moyen de la vie, n'accepte plus aucun risque. Les charlatans se présentent sur le marché des traitements prétendus sans risques, et , bien sûr, efficaces.

Il ne faut pas les confondre avec les praticiens qui traitent des malades "dans leur tête", convertissant leur malaise existentiel en affections "fonctionnelles". Deux méthodes "placebo"* ont "pignon sur rue", l'acupuncture et l'homéopathie. Si ces méthodes sont reconnues impuissantes dans les affections sérieuses ou graves, par leurs praticiens eux-mêmes, les accidents par erreur d'indication sont exceptionnels, en raison de la rigueur de leur recherche diagnostique. Ils prennnent le temps d'interroger et d'examiner leurs patients. Leur réputation repose sur leur prudence.

Les charlatans d'aujourd'hui se laissent porter par la mise en cause globale de la science et des technologies, qui permettent à l'humanité d'échapper toujours plus à la nature, ses insuffisances, ou ses nuisances. Un retournement est davantage porteur: la Nature souffre à cause de l'homme, et se venge. Les maladies ne sont que le juste châtiment des fautes commises contre "Elle". Dès sa mise à l'écart. La trahison de Prométhée est généralisée, et sa sanction, aussi. L'humanité doit réhabiliter la Nature, se soumettre à elle, lui épargner toute injure.

Par définition les mesures que la science a déduites des connaissances de la Nature qu'elle a acquises, consistant à annuler  ses effets indésirables pour l'espèce humaine, sont condamnables, et doivent, au contraire, être remplacées parle retour d'une soumission et d'un respect, sous peine d'une vengeance méritée.

Des médecins, et non des moindres, se sont positionnés sur ce créneau, de défense de la Nature, et de mise en garde contre les procédés éprouvés mis au point par leurs prédécesseurs. Leurs titres, réels, incontestables, donnent plus de poids à leur parole.

L'un d'eux, dont la renommée comme pourfendeur des révolutions de la médecine moderne ne cesse de monter, vient de se lancer dans une campagne contre un vaccin polyvalent, rassemblant les antigènes** de...dix maladies à la fois. Le doute que le système immunitaire puisse s'y retrouver est parlant. Mais le fait que les dix antigènes soient inactifs, c'est à dire incapables de se reproduire dans l'organisme inoculé, est mis sous le coude. 

Ces vaccins "tués", ne fournissant au système immunitaire que le "portrait-robot" de l'ennemi à abattre, n'ont jamais été convaincus d'une responsabilité dans la survenue d'une maladie dégénérative, comme notre espèce, depuis l'allongement de son espérance de vie, de 40 à 80 ans, en subit de temps en temps. 

Le danger constitué par les maladies contagieuses que le vaccin doit empêcher ou atténuer,,est infiniment plus grand. La faute professionnelle commise par ces personnalités qui abusent de leur titre, est majeure. La Ministre de la Santé s'en émeut. Mais le Conseil de l'Ordre des Médecins, compétent sur cette question, ne s'est pas encore manifesté. "Respect humain", en raison de leur origine, sans doute.

Sceptique

*L'effet "placebo"(je plais) est produit par un moyen sans efficacité prévue, mais agréable à prendre ou à subir. L'efficacité non spécifique observée est attribuée à la fabrication dans le cerveau d'endorphines, ayant le même effet antalgique et euphorisant que les opiacés. L'accompagnement affectif du prescripteur renforce cet effet.

**Les antigènes sont des substances appartenant à l'agent infectieux, microbe ou virus, reconnues par le système immunitaire, qui fabrique des anticorps, qui s'attaquent aux germes ou aux virus. Cette réaction est mémorisée par les cellules du système immunitaire, ce qui permet la réactivation de l'immunité spécifique lors de chaque rencontre avec l'agent infectieux. D'ou l'intérêt des vaccins et de leurs "rappels".