La folie est comme la mort. Elle fait partie du Réel, mais n'est pas pensable, ni par un esprit sain, ni même par un autre malade mental. Bien sûr, comme la mort, elle est constatable, elle est admise, avec réserves ou réticence, comme réalité.

Le déroulement de l'acte, le choix d'un enfant inconnu, "qui passait par là", par un marginal, pris d'une subite pulsion, qui s'acharne sur sa victime, la blesse mortellement, ne peut se comprendre en dehors de la folie. 

Le retour d'une certaine conscience de l'acte, tout de suite après, ce qui conduit l'auteur à se présenter à la police, reste constatable au moment de l'examen par un professionnel de la santé mentale.

Ce constat, d'une conscience altérée mais pas abolie, permet-elle d'écarter une abolition au moment du passage à l'acte. Je pense que non.

Un confrère soulève le rôle possible d'un mimétisme. L'actualité, entre les crimes de Daech, et les violences en cours en Israël et en Palestine occupée, fait une place importante à l'usage du couteau. L'hypothèse est fondée. La psychose est une maladie qui affecte les limites psychiques, qui nous permettent de ne pas nous confondre avec les autres, et de ne pas mélanger nos émotions et nos pensées, de ne pas les agir au fur et à mesure de leur surgissement. 

Comme les événements enregistrés au jour le jour peuvent influencer nos rêves nocturnes sans qu'on en prenne conscience au réveil, pour un esprit fragile, vulnérable, une actualité violente et insistante peut déranger gravement l'ordre intérieur.

L'impensable de la folie accompagne l'humanité "normale". De temps en temps, elle est confrontée à sa réalité, et son réflexe "normal" est de la rejeter, en bloc. 

Les sociétés modernes confient le problème à des professionnels qui se forment à sa prise en charge, et développent, nécessairement, un tout autre rapport à la maladie mentale, ne comprenant aucune forme de rejet. Le rejet est le symptôme de la société des "normaux". À ce titre, il est incontournable.

Il revient aux responsables politiques de prendre en compte la réalité des deux volets, l'existence de la maladie mentale, et son incompréhension "naturelle" de la part des "normaux". 

Malheureusement, cette sagesse attendue des politiques connait en permanence des éclipses. Dans le monde entier. Ce n'est pas une spécificité française, même si notre situation actuelle est particulièrement grave.

Sceptique