Ma philosophie ne m'avait pas préparé à ces funérailles nationales de notre Johnny. J'ai essayé de les fuir pendant toute la journée, mais toutes les chaines d'info, sans la plus petite exception, m'ont poursuivi de zapping en zapping*. Même à cette heure, où tout est fini, nos journalistes glosent à tout va.

Mais je rapproche ce grand rassemblement national à ceux qui ont suivi les plus atroces attentats commis sur notre sol, contre ceux qui avaient la malchance d'être là. C'était, aussi, des grand-messes, mais toutes religions mêlées, dont les représentants désavouaient les meurtres, ne leur accordaient aucune excuse. 

Même si, dans leur premier mouvement, les musulmans avaient été choqués par les caricatures du journal satirique, souvent installé sur ce créneau, le plus grand nombre, des adultes, avaient été horrifiés par la vengeance des fanatiques, se réclamant de l'État Islamique. La raison s'imposait à eux. Rien de bon, pour leur communauté, ne pouvait déboucher d'une guerre civile, qui aurait révélé la faiblesse de la partie musulmane.

Je ne pouvais imaginer la déification de notre chanteur. Il avait été adulé par la génération de mes enfants, peut-être par mes petits enfants, mais n'était jamais l'objet de discussions fiévreuses, ou enthousiastes. Il ne m'est jamais arrivé de désirer l'écouter la durée d'un concert. Son chant "prenait aux tripes", mais je n'en ai jamais redemandé.

Mon premier sentiment en voyant l'engagement spectaculaire de notre jeune Président de la République, a été de lui affecter une signification politique, rallier les fans du rockeur.

Mais le fleuve des commentaires m'a apporté l'information-clé. Johnny Halliday, intéressé depuis toujours par la politique et ses acteurs, avait fait une démarche d'approbation et de soutien auprès d' Emmanuel Macron, dont la réaction a été réciproque et passionnée."Ils" étaient faits pour s'entendre. C'est très sincèrement que le Président Macron a éprouvé la peine de voir "partir" l'ami chanteur, et a rejoint les foules d'admirateurs. Auxquels il a offert ces funérailles grandioses et ferventes, leur participation sans limites. Ce samedi 9 Décembre(2017), a été celui de Johnny Halliday, adulé par tout un pays, des plus modestes à son Président, en personne, simple comme un ami de toujours.

Il faut en prendre acte, accorder à notre plus haut responsable l'humanité, qu'on imagine mise au coffre fort.

Certes, notre Président est resté sobre et digne, mais pas froid, bien présent, d'un bout à l'autre de l'interminable cérémonie. Malgré l'ingratitude habituelle de notre peuple envers ses élus de ce rang, ils ne pourront pas  oublier sa présence au milieu d'eux, durant toute cette journée.

Ce n'est pas par calcul qu'Emmanuel Macron a offert ces obsèques à la famille et aux fidèles admirateurs de Johnny Halliday. Il rendait l'amitié spontanée et sincère que le chanteur lui avait apportée. Il révèle, en même temps(!), sa capacité de reconnaissance, d'amitié franche et fidèle, malgré sa durée bien courte.

Mais elle devrait** imposer à l'opinion, facilement haineuse, féroce, la reconnaissance des qualités humaines de son jeune Président. Sa popularité devra gagner plusieurs points solides.

Sceptique

*Je ne connais que ce néologisme anglo-saxon pour signifier les exploits de la télé-commande.

**Le conditionnel, forme prudente de l'emploi d'un verbe, s'impose.