Il y a longtemps que le passage d'une année se terminant, à la suivante, a coïncidé avec un tel désordre, une telle violence, une telle incertitude.

Un nouveau parti, accouché par Facebook, occupe la quasi totalité de la vie politique, tout en protestant d'apporter des solutions nouvelles, à l'exception de leur prise du pouvoir.. Leur préalable est la disparition de l'existant: représentants du peuple, assemblées délibérantes, gouvernements agréés mais sous contrôle, président de la République élu au suffrage universel. Leur surgissement implique la révocation, la nullité, des institutions diverses de la République, que je viens d'énumérer.

Leur objectif est simple, le bonheur général, par la satisfaction immédiate de tous les désirs, de tous les besoins. Par la fin de toutes les contraintes*, de toutes les limites, de toutes les obligations, essentiellement. Le nouveau départ est supposé partant de zéro.

Leur moyen d'action, unique, est le blocage. De la circulation des personnes et des marchandises, par des barrages sur les routes, installés sur les ronds-points, limitant par eux-mêmes la vitesse des arrivants. L'occupation du centre des ronds-points facilite les contrôles, et permet un séjour sécurisé et aménagé aux contrôleurs.

Le système s'est révélé très efficace, et seule l'application des lois de l'ancien régime, par ses agents encore en fonctions, a réduit suffisammant la densité des obstacles.

L'essentiel de l'action résiduelle est l'organisation de manifestations urbaines chaque samedi après-midi, que viennent renforcer "les casseurs", un rassemblement spontané de ceux qui ont pour passion de démolir les symboles d'un présent qu'ils exècrent, les commerces de toutes sortes, où s'échangent les besoins et les offres, de services, et de marchandises. Les gilets jaunes n'y sont, directement, pour rien. Ils n'offrent aux casseurs qu'une opportunité gratuite. Cet effet secondaire, qui rejaillit sur leur cause, sur leur modèle de société, leur échappe totalement, bien qu'il éclabousse leur image. Gilets jaunes et casseurs sont amalgamés.

Face à cette "bronca", le Président de la République, Emmanuel Macron, est à la fois sa cible, car responsable du mécontentement, et sa solution.

Il l'a déjà ébauchée, sous la forme d'une potion calmante, mais plutôt chère, et sûrement éphémère, comme n'importe quel traitement symptomatique. 

Sa capacité à guérir la maladie, chronique, à la longue évolution, est mise en doute, avec d'autant plus de violence, que les soins nécessaires, chirurgicaux, sont annoncés comme douloureux. Le malade n'est pas pressé de passer sur le billard. 

Victime, ou objet, d'une perte de confiance, que pourra annoncer le Président à l'occasion de ses voeux du nouvel an? Dans l'état actuel de ses relations avec les français, que devrait-il dire qui leur plaise? 

De l'argent fait toujours plaisir (à ceux qui le reçoivent), mais il faut qu'il sorte de quelque part. Les coffres forts de la Nation sont tous annoncés vides. D'aucuns suggèrent fortement qu'on s'empare du contenu des coffres privés, dont les propriétaires sont moins dispendieux que l'État. "On"le leur rendra plus tard**.

Je préférerais qu'il ne s'abandonne pas à la facilité, qu'il nous propose des mesures susceptibles de faire du bien à notre économie, afin qu'elle produise,plus, mieux, plus vendable, donc, plus rentable. Des tracasseries supplémentaires, comme on les aime, seraient contre-productives. Ces conditions, bizarrement, passent mal dans l'opinion. Qui préfère les distributions, sans se soucier de l'origine.

Ce serait nettement moins populaire, mais je préférerais des annonces de mesures stimulantes de l'innovation, ou de la production répondant à une demande motivée. Je crains que les problèmes récents aient, au contraire, refroidi les ardeurs des chercheurs.

Je l'écouterai, et concluerai

Sceptique

*Il a été dit que le déclencheur de ce mouvement, dont les racines sont plus rurales qu'urbaines, est la limitation à 80 kmH de la vitesse des automobiles, sur le réseau des routes départementales, dépourvues d'une séparation pysique des deux courants de circulation. Je n'en suis pas plus étonné que ça. Dans notre civilisation, la voiture est servie par l'homme, et non le contraire!

Complément: Entendu, il y a un instant, un échange entre plusieurs éditorialistes des chaines d'information télévisée, sur ce qui peut être attendu du message télévisé du Président, demain soir.

Ce n'était pas dit, mais le renoncement du Président Macron était à la fois désirable et impossible. D'un côté, il a perdu beaucoup d'autorité, beaucoup de confiances, et "on" le voit mal mettre en acte beaucoup de décisions, en regard de ce qu'il a fait depuis son élection, et les niveaux de respect et d'acceptation dont il dispose. Mais l'opinion n'est pas encore prête à casser notre constitution, à la soumettre aux mouvements de l'opinion.

Au nom du futur, je souhaite que la constitution ait gain de cause, que le Président en exercice défende ses droits, et ses devoirs.

Sceptique