L'actualité a ses exigences, sa dramatisation les amplifie. Je ne peux rester silencieux devant cette nouvelle présomption d'un terrorisme inspiré par une exaltation religieuse, "révélé" d'une manière bien étrange par son auteur, une auto-mutilation, et un appel au secours. Arrivés les premiers sur les lieux, les policiers ont été intrigués par les explications tortueuses du blessé, par les traces de sang conduisant à sa voiture, et enfin et surtout, par la présence d'armes de guerre et d'une arme de poing dans la voiture.

L'enquête lancée "tous azimuts" a permis la découverte d'autres armes au domicile, et de documents révélant  l'exaltation religieuse du blessé, et son "projet" de s'attaquer à l'heure de la messe à deux églises de sa commune, sous la forme d'un mitraillage grâce à ces armes en nombre.

L'ouverture de "son" dossier a ajouté un fichage comme candidat au "djihad", des voyages en Turquie ayant attiré l'attention de la DGSI, mais n'ayant cependant pas paru nécessiter une arrestation préventive.

La présence d'un pistolet dans l'arsenal a inspiré aux policiers un rapprochement avec le meurtre mystérieux d'une jeune femme originaire du Nord, partie pour Paris en vue d'un stage, et assassinée dans sa voiture de plusieurs balles d'arme de poing, près de son point d'arrivée.

Ils ont eu une bonne idée, car le meurtre avait bien été commis avec cette arme. Et la découverte de l'ADN du suspect dans la voiture de la victime créait un fait matériel le désignant comme le meurtrier probable. 

Pourquoi se trouvait-il dans cette voiture? Pourquoi avoir tué cette femme? Son silence a posé une limite à la connaissance complète et immédiate des faits.

"On" en est là, mais ce fait nouveau, cette cible nommément chrétienne, a mis en émoi toute la hiérarchie gouvernementale, Ministre de l'intérieur, Premier Ministre, et Président. "L'extension du domaine de la lutte"* aux catholiques pratiquants semble mettre mal à l'aise le gouvernement. Du coup, "il en rajoute!"

Mon attention particulière se porte sur l'état mental de l'auteur des faits. La façon dont il a attiré l'attention sur lui est singulière. Que signifie le meurtre de cette jeune femme qui l'a probablement pris en "stop"? Comme il ne l'a pas commis au vu et au su de témoins, comme Coulibaly l'avait fait pour la policière municipale, comme sa victime ne représentait pas l'État, par un uniforme, son meurtre parait gratuit, ou un simple test de sa capacité à user d'un pistolet. Ni glorieux, ni crapuleux, simplement stupide.

Le renforcement mutuel d'une exaltation religieuse et d'une fragilité psychotique est plus que possible. Ce qui ne veut pas dire que tous les fanatiques sont fous d'un point de vue médical. Mais ils sont en rupture consciente et assumée avec la communauté à laquelle ils appartiennent. Il sont "aliénés", étrangers, sans lien, avec les cibles de leur violence. Cette "aliénation" est globale, totale, sans retour, à court terme. C'est ce qu'on a constaté avec Merah, les frères Kouachi, Coulibaly.

Ce qu'on sait de ces derniers faits et de leur auteur ne permettent pas une comparaison avec les précédents. Ils laissent une place au doute sur la prévalence du fanatisme ou de l'aliénation mentale. Qu'on mette en question sa responsabilité pénale sera une épreuve pour l'opinion. Mais il faut bien "raison garder".

Sceptique

* formulation "gauchiste" et titre d'un roman de Michel Houellebecq, fouineur des travers de notre temps.